Pour répondre à la rumeur, le droit

Dossier thématique : « Construire la paix à travers des institutions fortes »

Avocate au Barreau de Guinée, Maître Houleymatou Bah a participé à l’une des formations consacrées à la lutte contre la désinformation organisée à Conakry par le CIFAF, avec l’appui de l’OIF. Son parcours illustre le rôle essentiel des avocats pour rendre le droit plus accessible, protéger les citoyens et préserver la confiance dans la justice.

Une accusation relayée sans vérification, une procédure déformée ou une décision sortie de son contexte peut rapidement faire naître un procès parallèle. La rapidité avec laquelle circulent les informations laisse alors peu de place à l’examen des faits, à la nuance et au respect des garanties offertes par la justice.

Pour Me Houleymatou Bah, cette réalité touche directement le métier d’avocat. Inscrite au Barreau de Guinée après avoir prêté serment en novembre 2016 devant la Cour d’appel de Conakry, elle intervient dans différentes matières, notamment dans des affaires civiles, commerciales, sociales et de violences faites aux femmes. Son engagement s’étend également à l’accès à la défense des justiciables les plus démunis. À l’occasion d’une initiative d’assistance judiciaire gratuite portée avec plusieurs consœurs, elle résumait ainsi sa conception du métier : « Comme nous ne faisons que défendre et que c’est ce que nous pouvons faire le mieux, c’est ce que nous pouvons offrir. » (Guineematin)

Donner aux avocats les moyens d’agir

C’est dans le prolongement de cet engagement que s’inscrit sa participation à la formation sur la lutte contre la désinformation. Organisées à Conakry en 2025 et 2026, les deux sessions mises en œuvre avec le CIFAF ont bénéficié à 165 avocats. La seconde session a également mobilisé sept groupes à distance et réuni des professionnels de cinq pays : la Guinée, le Bénin, la Guinée-Bissau, le Mali et la République démocratique du Congo.

Les formations ont notamment permis d’aborder les manifestations de la désinformation, le cadre juridique applicable, les moyens d’action du juriste avant, pendant et après un procès, ainsi que l’analyse de la jurisprudence nationale. Les échanges entre professionnels ont replacé ces enjeux dans les réalités quotidiennes du métier d’avocat.

« La formation m’a permis de mieux comprendre les mécanismes de la désinformation et, surtout, de disposer d’une méthode pour y répondre juridiquement, sans agir dans la précipitation », explique Me Houleymatou Bah.

Cette évolution méthodologique est essentielle. Lorsqu’une information erronée concerne une affaire judiciaire, l’avocat doit pouvoir en vérifier l’origine, la replacer dans son contexte, en mesurer les conséquences et déterminer la réponse la plus respectueuse des droits de chacun. Il lui revient également d’expliquer à ses clients qu’une information largement partagée n’est pas nécessairement exacte et qu’une procédure judiciaire ne peut être résumée aux récits qui circulent dans l’espace public.

« Je prends désormais davantage le temps de vérifier la source d’une information, de la confronter aux éléments juridiques disponibles et d’expliquer clairement à mes clients ce qui relève des faits, de la rumeur ou de l’interprétation. »

Faire de l’information juridique un facteur de confiance

Les acquis de la formation ne bénéficient pas uniquement à l’avocat qui y participe. Ils peuvent être partagés avec les confrères, les collaborateurs et les justiciables. En diffusant des pratiques plus rigoureuses de vérification et en rendant les règles juridiques plus compréhensibles, les professionnels du droit contribuent à réduire l’espace laissé aux rumeurs et aux interprétations susceptibles d’alimenter la défiance.

La lutte contre la désinformation ne consiste pas à limiter le débat public. Elle vise à permettre aux citoyens de disposer de repères fiables pour comprendre les procédures, exercer leurs droits et se forger une opinion éclairée. Dans cette démarche, l’avocat constitue un trait d’union entre les citoyens et l’institution judiciaire.

« Une justice comprise inspire davantage confiance. Lorsque les citoyens disposent d’une information juridique claire, ils sont mieux armés pour défendre leurs droits et moins vulnérables aux rumeurs qui peuvent créer des tensions. »

Le parcours de Me Houleymatou Bah rappelle ainsi qu’une institution forte n’est pas seulement une institution dotée de règles et de compétences. C’est aussi une institution capable d’être comprise et de susciter la confiance. En renforçant les capacités des avocats face à la désinformation, l’OIF et le CIFAF agissent sur l’un des fondements d’une paix durable : la possibilité de résoudre les différends par le droit, dans le respect des faits et des droits de chacun.

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