Face à des inégalités persistantes qui fragilisent la cohésion sociale, l’autonomisation économique des femmes constitue un levier central de résilience, de développement et de stabilité. Exemple avec le Fonds « La Francophonie avec Elles ».

 

Des inégalités persistantes qui fragilisent la cohésion sociale

Dans un contexte international marqué par les crises économiques, climatiques et sécuritaires, les inégalités structurelles constituent un facteur majeur d’instabilité. Lorsque les femmes, qui représentent la moitié de la population mondiale, sont durablement exclues des ressources productives, de l’emploi formel ou des espaces de décision, c’est la cohésion sociale elle-même qui est fragilisée.

En 2025, aucune région du monde n’a atteint l’égalité femmes-hommes. Le Global Gender Gap Report 2025 du Forum économique mondial estime que l’écart global n’est comblé qu’à 68,8%. Sur le plan économique, 58,1% des femmes actives travaillent dans l’économie informelle. Cette moyenne mondiale masque des disparités profondes. Dans l’espace francophone, près des deux tiers des femmes exercent dans le secteur informel, et cette proportion dépasse 90 % en Afrique de l’Ouest et centrale. Une précarité qui limite l’accès à la protection sociale et à des revenus stables. À cela s’ajoute le poids du travail domestique et de soins non rémunérés, qui représente en moyenne 20 % du PIB francophone et jusqu’à 47 % dans certains pays. Cette contribution essentielle demeure peu reconnue et insuffisamment intégrée aux politiques publiques.

 

L’autonomisation économique comme levier de résilience

L’autonomisation économique des femmes transforme la vulnérabilité en capacité d'action souveraine. Grâce au développement d’activités génératrices de revenus, les femmes sont capables de sécuriser les dépenses essentielles et d’amortir les chocs conjoncturels pour leur foyer.

Cette autonomie limite l’exposition aux violences en renforçant leur pouvoir de décision, tant dans l'intimité du foyer que dans l’espace public. Lorsque les femmes accèdent à des revenus décents, à la propriété, au crédit et à l’entrepreneuriat, elles investissent dans l’éducation, la santé et le bien-être de leurs familles, générant des effets multiplicateurs à l’échelle communautaire.

Fortes d’une stature nouvelle, les femmes sortent de la marge pour assumer des responsabilités au sein de leur communauté. Or, l'intégration de groupes historiquement marginalisés tend à transformer l'exercice du pouvoir vers des pratiques plus horizontales et collaboratives. L’effet de diversité favorise ainsi l’émergence de modèles de gouvernance moins exposés aux crises.

C’est dans cette perspective que l’Organisation internationale de la Francophonie a créé, en 2020, le Fonds « La Francophonie avec Elles ». Son approche repose sur trois piliers complémentaires : le renforcement des compétences, l’appui à la structuration et à la formalisation des activités génératrices de revenus, ainsi que la promotion du leadership féminin.

Depuis sa création, 354 projets ont été soutenus dans 36 États et gouvernements membres, mobilisant 20,1 millions d’euros de subventions au bénéfice de près de 100 000 femmes. Plus de 39 104 activités génératrices de revenus, 1105 micro-entreprises et 871 structures collectives ont ainsi été créées.

Les projets bénéficient particulièrement aux femmes réfugiées ou déplacées dans le cadre de conflits en réduisant les facteurs d’exclusion, tout en favorisant les dynamiques de médiation et de solidarité. Ils contribuent au renforcement des communautés d’accueil, par exemple leur sécurité alimentaire, grâce à l’augmentation de la production agricole locale. Parce que le Fonds ouvre des perspectives à ces femmes, « La Francophonie avec Elles » agit en faveur de plus de cohésion, tissant des liens sociaux nouveaux là où les violences les détruisent.

 

En Haïti, les entrepreneures résistent à l’oppression des groupes armés

Tandis que l'emprise des groupes armés sur un territoire aggrave la vulnérabilité des populations, l'accès des femmes à des ressources propres devient une nécessité vitale. En Haïti, le Fonds « La Francophonie avec Elles » cible prioritairement les femmes déplacées et celles vivant dans des zones sous haute tension sécuritaire. Pour ces bénéficiaires, l'acquisition de compétences entrepreneuriales ne se limite pas à un enjeu de subsistance : elle renforce leur pouvoir d’agir, les outille concrètement et consolide leur capacité à revendiquer et faire valoir leurs droits.

L'expérience de Lovely Borgard en témoigne : couplant le lancement d'une activité artisanale à une formation sur les droits fondamentaux, elle a appris à repérer les diverses formes de violences pour mieux s'en préserver. L'autonomie économique s’apparente alors à un catalyseur de sécurité, permettant de diminuer les risques d’exploitation et offrir des alternatives aux choix dictés par la seule nécessité de survie.

Les initiatives financées irriguent l'ensemble du tissu social. À l'image de Wesline Cador, qui a structuré un réseau de revendeuses pour distribuer ses produits transformés, les entrepreneures haïtiennes créent des chaînes de solidarité. Elles tracent la voie d’un avenir où l'autonomie de chacune devient le socle d’un redressement collectif, libéré de l’oppression.

Construire la paix par l’égalité et l’autonomie

Adoptée en 2000 par le Conseil de sécurité, la résolution 1325 des Nations unies marque un tournant décisif dans la reconnaissance du rôle des femmes dans les contextes de conflit et de sortie de crise. Elle affirme que leur participation ne saurait être considérée comme une variable périphérique ou secondaire des processus de paix. C’est l’acte fondateur de l’Agenda « Femmes, paix et sécurité » de l’ONU. Depuis lors, l’OIF s’est engagée en faveur de l’inclusion effective des femmes et des filles de l’espace francophone dans les processus de paix, de même que pour leur protection en situation de crise et de conflit. La Francophonie s’attache à l’opérationnalisation de l’agenda FPS à travers notamment l’accompagnement de ses Etats et gouvernements membres dans la mise en œuvre de plans d’action nationaux, la sensibilisation de parlementaires, des Groupes d'ambassadeurs francophones, de personnels et de conseillers genre des missions de paix, la formation de femmes impliquées sur le terrain ou de journalistes.

Les études mobilisant l’Indice Institutions sociales et égalité des genres de l’Organisation de coopération et de développement économiques ou le Global Gender Gap Index du World Economic Forum ont confirmé qu’un niveau élevé d’inégalités est associé à des scores plus faibles sur les indices de paix et de stabilité. Si ces travaux n’établissent pas une causalité mécanique, ils mettent en évidence un faisceau convergent de corrélations suggérant que l’exclusion systémique des femmes affaiblit les institutions, altère la qualité du contrat social et accroît la vulnérabilité des États aux dynamiques de violence politique.

Selon l’Union interparlementaire, la représentation mondiale des femmes atteint 27,2 % des parlementaires en 2025. Les progrès observés dans certains pays francophones en matière de participation politique rappellent que l’autonomie économique et l’implication citoyenne sont étroitement liées. 

En soutenant l’autonomie et la participation des femmes, la Francophonie agit sur les causes structurelles des inégalités : précarité économique, dépendance financière, marginalisation décisionnelle. Investir dans les femmes est un choix stratégique pour renforcer la stabilité et prévenir les crises. C’est bâtir les conditions de la paix.

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