Depuis 2022, la Francophonie soutient au Cabo Verde plusieurs projets dans le cadre de son Fonds de solidarité « La Francophonie avec Elles », avec des résultats encourageants.
Au Cabo Verde, la pauvreté touche de manière disproportionnée les femmes. Les analyses concordantes de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement mettent en évidence un lien étroit entre la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la structure des ménages. Selon une revue stratégique de la Banque africaine de développement, 60,5 % des ménages vivant sous le seuil de pauvreté sont dirigés par des femmes, avec des disparités encore plus prononcées dans les zones rurales et côtières.
Des inégalités structurelles qui fragilisent les femmes
Cette vulnérabilité structurelle s’explique par plusieurs facteurs cumulatifs. Les femmes sont surreprésentées dans l’économie informelle, notamment dans les services, le tourisme, l’agriculture ou la transformation halieutique, des secteurs caractérisés par une forte précarité, des revenus instables et une faible protection sociale. À cela s’ajoute une charge importante de travail domestique et de soins non rémunérés, qui limite leur disponibilité pour l’emploi formel, l’accès à la formation professionnelle et aux ressources productives.
Dans ce contexte, l’autonomisation économique des femmes apparaît comme un levier essentiel de développement social et de réduction durable de la pauvreté. Elle constitue également un facteur clé de renforcement de la résilience des ménages et de la cohésion sociale au sein de l’archipel, en contribuant à une croissance plus inclusive et équitable.
Accompagner ces femmes vers l’autonomisation économique
Depuis 2022, à travers son Fonds de solidarité « La Francophonie avec Elles », l’Organisation internationale de la Francophonie a soutenu quatre projets au Cabo Verde. Au bénéfice direct de 350 femmes, dans des secteurs clés de l’économie locale, tels que la pêche, l’agriculture, l’artisanat, la transformation alimentaire, l’esthétique ou encore les métiers du bâtiment. L’objectif commun est de renforcer leurs capacités économiques, leur autonomie financière et de favoriser leur reconnaissance sociale et professionnelle.
Les projets sont portés par des organisations de la société civile solidement implantées dans les territoires, en partenariat avec les autorités locales et les services techniques déconcentrés. Ils ciblent prioritairement les femmes cheffes de famille et celles évoluant dans le secteur informel, qui concerne près de 70 % de la population active féminine du pays, selon les données nationales.
Des actions de terrain adaptées aux réalités locales
Les actions mises en œuvre combinent formations professionnelles qualifiantes, accompagnement à l’entrepreneuriat, structuration collective et dotation en équipements productifs. Elles sont déployées sur sept des neuf îles habitées de l’archipel – Boa Vista, Brava, Fogo,Maio, Santiago, Santo Antão et São Nicolau – afin de répondre aux réalités territoriales spécifiques.
Parmi les initiatives soutenues, on peut citer celle de l’Organisation des femmes du Cabo Verde (Organização das Mulheres de Cabo Verde), qui a permis à 100 femmes de renforcer leurs capacités professionnelles via des formations en plomberie, couture, maçonnerie et coiffure par exemples ; des kits d’installation professionnelle ont été remis aux participantes afin de garantir la viabilité économique de leurs projets.
Liliana (photo), âgée de 30 ans et mère de deux enfants, témoigne de l’impact concret de cet accompagnement. Avant d’intégrer le projet, elle disposait de compétences techniques mais manquait d’équipements pour exercer pleinement son métier dans le bâtiment. Grâce au soutien reçu, elle a pu accéder à davantage de chantiers et améliorer la qualité de son travail, malgré un contexte de demande encore limitée. Déterminée à poursuivre dans un secteur traditionnellement masculin, elle affirme que « rien n’est impossible lorsque l’on persévère ».
Autre projet soutenu, celui concernant l’autonomisation économique des femmes évoluant dans le secteur de la pêche sur l’île de Maio. Mis en œuvre par l’ONG Renaissance africaine - Association des femmes d’Afrique de l’Ouest, il illustre de manière exemplaire l’approche du Fonds : ce projet accompagne vingt femmes actives dans la transformation et la commercialisation du poisson, un maillon essentiel de la chaîne de valeur halieutique, souvent peu reconnu et faiblement rémunéré.
Lancé officiellement le 5 février 2025 à Calheta, à l’occasion de la Journée nationale de la pêche, le projet a permis la mise en place de modules de formation en coopérativisme, gestion financière, techniques de conservation et de transformation du poisson, ainsi qu’en langue française, afin de faciliter les échanges commerciaux et l’accueil des touristes. En août 2025, une coopérative féminine de transformation, Nizhina Coop, a été créée avec l’appui des autorités locales. Des équipements structurants, tels que des cuves de salage, des réfrigérateurs et des séchoirs ont été acquis grâce au soutien de l’OIF.
Maria Fernandes, mère de deux enfants, explique que son intégration à la coopérative améliorera des conditions de travail longtemps marquées par la précarité. Pour elle, « les femmes doivent être indépendantes et construire leur propre chemin ». Maria Fatima, âgée de 68 ans et cheffe de famille, voit quant à elle dans cette initiative une opportunité de stabiliser ses revenus et de soutenir durablement la scolarisation de ses enfants.
Dernier exemple, avec le projet FEM - Femmes en mouvement, mis en œuvre par l’ONG Cabralistes, en faveur de l’autonomisation socioéconomique de jeunes femmes issues de quartiers défavorisés de Praia, sur l’île de Santiago. Lancé officiellement en octobre 2025, ce projet propose un accompagnement global et individualisé, combinant formation professionnelle, insertion sur le marché du travail et suivi social renforcé. Quarante femmes ont ainsi intégré des parcours de formation adaptés, bénéficiant d’un appui concret visant à lever les freins à l’emploi.
Un engagement durable en faveur de l’égalité
À travers ces initiatives, le Fonds « La Francophonie avec Elles » agit concrètement à l’autonomisation économique des femmes. En soutenant des projets locaux profondément ancrés dans les réalités territoriales, en valorisant les compétences et le savoir-faire des femmes, et en accompagnant la structuration d’activités viables et durables, l’OIF contribue à renforcer leur autonomie, leur résilience et leur rôle dans le développement local