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Dossier thématique : « Construire la paix à travers l'engagement citoyen » | Juillet 2026 |
L'OIF favorise l'implication des acteurs locaux pour faciliter le dialogue et la résolution des conflits.
La médiation est avant tout un savoir-faire qui s’acquiert dans l’action. À Kédougou, dans l’Est du Sénégal, cette réalité se lit dans l’engagement d’une jeune femme qui, à l’issue de son parcours de mentorat, a imaginé le projet « Filles frontalières pour la paix et la sécurité ». Autour d’une même table, elle a réuni jeunes filles, autorités locales et acteurs de la société civile afin d’ouvrir un dialogue sur les défis de leur territoire, de renforcer la participation des jeunes femmes à leur résolution et de faire émerger des solutions fondées sur le dialogue plutôt que sur la confrontation.
Cette expérience illustre une approche défendue par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) : la paix ne se construit pas uniquement lors des négociations de haut niveau. Elle se construit aussi au plus près des communautés, lorsque les acteurs locaux disposent des moyens de faciliter le dialogue et de résoudre pacifiquement les différends du quotidien.
Le mentorat intergénérationnel : un catalyseur d’initiatives locales
Au cœur du projet « Pionnières de la Paix », mis en œuvre par l’Association pour la promotion du leadership des jeunes femmes et filles (APPEL-JFF) avec l’appui de l’OIF, le mentorat intergénérationnel constitue bien plus qu’un outil de renforcement des capacités : il crée les conditions permettant à des jeunes femmes de concevoir et de porter des initiatives répondant aux besoins de leurs communautés. En mettant en relation des femmes engagées de longue date dans les domaines de la paix, de la médiation ou de la gouvernance avec une nouvelle génération de leaders, le programme favorise la transmission d’expériences, de méthodes et d’une posture de médiation fondée sur l’écoute, la confiance et le dialogue.
Cette dynamique s’est concrétisée à travers six projets communautaires, portés par six jeunes femmes sélectionnées parmi les vingt participantes au programme pour mettre en œuvre, dans leur pays, une initiative transformant les compétences acquises en réponses concrètes aux besoins de leur communauté. Chaque projet répond à un contexte local particulier, mais tous poursuivent un même objectif : créer des espaces de dialogue, renforcer les liens entre les acteurs locaux et favoriser des solutions portées par les communautés elles-mêmes.
Au Bénin, faire dialoguer les générations pour prévenir les tensions
À Abomey-Calavi, le projet est né d’un constat : la fragmentation des initiatives de paix et le manque de collaboration structurée entre organisations historiques de la société civile et mouvements de jeunesse fragilisaient la cohésion sociale. Dans ce contexte, l’initiative portée avec RAMP-BÉNIN (photo ci-contre) a permis de former 35 « Ambassadeurs de proximité » aux techniques de médiation, au leadership inclusif et à la veille citoyenne, avant de réunir 132 participants lors d’un panel intergénérationnel consacré au rôle des jeunes dans la prévention des tensions.
Au-delà des échanges, cette démarche a créé des passerelles de confiance et de transmission entre réseaux historiques et nouvelle génération d’acteurs engagés.
En Guinée, faire entrer les femmes dans le dialogue avec les autorités locales
À Ratoma, dans la périphérie de Conakry, l’objectif était de permettre aux femmes de prendre pleinement leur place dans la vie publique locale. Forte des compétences acquises grâce au mentorat, la jeune porteuse du projet a organisé un atelier consacré au leadership féminin et à la participation citoyenne, avant de réunir femmes leaders, organisations de la société civile et autorités locales autour d’un forum communautaire dédié au rôle des femmes dans le développement local.
Au-delà du renforcement des capacités, cette initiative a créé un espace d’échange où citoyennes et responsables locaux ont pu débattre des obstacles à la participation des femmes et identifier ensemble des pistes d’action pour renforcer leur engagement dans la gouvernance locale.
En République démocratique du Congo, mobiliser le numérique au service de la paix
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, le projet « Ambassadrices numériques pour la paix » (photo ci-contre) a mis en exergue le potentiel des outils numériques et des médias communautaires pour prévenir les tensions. La jeune porteuse du projet a organisé à Bukavu une formation réunissant vingt jeunes femmes autour du leadership numérique, de la diplomatie numérique, de la sécurité numérique et de la lutte contre la désinformation. Les participantes ont ensuite conçu et animé deux émissions diffusées sur des radios communautaires afin de promouvoir des messages de paix, de cohésion sociale et de prévention des discours de haine.
Pour inscrire cette dynamique dans la durée, deux mini-communautés de suivi ont été créées à Bukavu et à Goma. Réunissant jeunes femmes leaders, médias communautaires et relais locaux, elles assurent la continuité des actions de sensibilisation et favorisent la coordination des initiatives en faveur de la paix.
Une dynamique appelée à se transmettre
Si ces initiatives répondent à des réalités très différentes, elles ont un point commun : elles sont toutes nées d’un processus de transmission. Grâce au mentorat intergénérationnel, les participantes ont pu s’appuyer sur l’expérience de leurs mentores pour concevoir des réponses adaptées aux besoins de leurs territoires. Elles deviennent ensuite, à leur tour, des relais de dialogue au sein de leurs organisations, de leurs quartiers ou de leurs communautés.
Plusieurs participantes se sont ainsi engagées à restituer les enseignements reçus, à accompagner d’autres jeunes femmes ou à créer de nouveaux espaces d’échange. Cette logique de transmission constitue l’une des principales forces du programme : elle permet aux compétences acquises de dépasser le cercle des bénéficiaires directs et de nourrir, progressivement, une culture du dialogue et de la médiation au sein des communautés.
Le projet « Pionnières de la Paix » s’inscrit dans l’action plus large menée par l’OIF pour promouvoir les Agendas internationaux « Femmes, paix et sécurité » (FPS) et « Jeunesse, paix et sécurité » (JPS). À travers ses programmes de renforcement des capacités, ses formations certifiantes, ses initiatives de mentorat et son appui aux acteurs de terrain, l’Organisation œuvre à renforcer la participation des femmes et des jeunes aux processus de prévention des conflits, de médiation et de consolidation de la paix. Les initiatives portées dans le cadre de ce projet illustrent cette ambition : faire des communautés elles-mêmes les premiers acteurs d’une paix durable.
En 2025, l'OIF a soutenu près de 40 activités de formation et de dialogue communautaire. Elle a notamment formé 150 leaders communautaires en Côte d'Ivoire, accompagné 20 jeunes femmes leaders originaires du Bénin, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée, de la République démocratique du Congo, du Sénégal et du Togo, et soutenu six initiatives locales de paix. Déployées dans plusieurs pays de l'espace francophone, ces actions ont permis de toucher plus de 1 100 bénéficiaires directs, contribuant au renforcement des capacités des acteurs locaux engagés dans la prévention des conflits, le dialogue et la cohésion sociale.