Dossier thématique : « Construire la paix par la culture » | Mai 2026

 

Une danse, un film, une chanson, une œuvre visuelle : tout cela parle avant même que la traduction ne soit nécessaire. Elle ne gomme pas les différences ; elle offre un espace de coexistence, de dialogue, de transformation mutuelle. La culture constitue un terrain fertile où se construisent, à travers des expériences partagées, des imaginaires communs et des émotions vécues ensemble, les fondements d’une véritable cohésion sociale. 

Lorsque des publics de communautés différentes assistent à la même représentation théâtrale, lorsqu’une fiction cambodgienne circule sur les écrans européens, lorsqu’un musicien haïtien monte sur scène en Roumanie ou à Montréal, quelque chose se passe qui échappe à la logique du rapport de force. Il y a une reconnaissance qui mène vers une paix durable. 

Avec ses 396 millions de locuteurs, répartis sur cinq continents la Francophonie incarne cette diversité à cultiver. Elle constitue un réseau de cultures, de sensibilités, d’histoires qui partagent une même langue tout en habitant des mondes différents. Ce pluriel est une richesse à condition qu’il soit visible, audible et accessible. 

C’est précisément la mission de l'OIF : faire vivre la diversité des expressions culturelles francophones et soutenir concrètement les artistes et professionnel(le)s de la culture d’aujourd’hui et de demain. 

Circuler pour exister  

Un créateur qui ne peut pas voyager, qui ne peut pas se produire est un créateur dont la voix reste confinée. En 2025, l'OIF a soutenu 58 artistes, permettant à des musiciens, cinéastes auteurs et artistes plasticiens de participer à des résidences, ateliers, formations et festivals internationaux. Parmi eux, Christine Way (RDC) pour son projet « Mot-à-Maux ». Par le théâtre, ce projet consacré aux violences psychologiques a réuni 41 jeunes – 21 au Burundi et 20 en RDC – pour faire de la scène un espace de création et libération, tissant un pont concret entre culture et construction de la paix (photo ci-contre).  

La mobilité c’est aussi celle des œuvres. « Coup Fatal », coproduction entre la Suisse, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la République Démocratique du Congo, rassemble quatorze artistes sur scène, où baroque européen et musique congolaise s'entremêlent, une jeunesse de plusieurs continents réunie dans un même geste créatif. Soutenu par l’OIF, le spectacle a traversé de nombreuses scènes prestigieuses avant d’être présenté au Festival international de Théâtre de Sibiu (Roumanie), l’un des plus grands festivals de spectacle vivant en Europe, avec plus de 100 000 spectateurs. La preuve que lorsque les cultures se rencontrent sur scène, elles parlent une langue que tout le monde comprend. 

Être visible  

Circuler ne suffit pas, car à l’ère du numérique la question n’est plus seulement de créer – c’est d’être trouvé. Des milliers d’œuvres francophones existent mais demeurent invisibles pour des publics pourtant potentiellement réceptifs, faute d’indexation adéquate, de présence sur les grandes plateformes de diffusion ou d’adaptation des métadonnées.  

Cette visibilité se construit aussi en amont : chaque année, le Fonds Image de la Francophonie soutient 50 productions du Sud afin de faire vivre des récits différents pour une meilleure compréhension des vécus et construire un dialogue, celui de la tolérance, à l’image du documentaire « Soudan, souviens-toi », de la réalisatrice tunisienne Hind Meddeb, qui en est une illustration saisissante.  

Soutenu par l’OIF en 2023, il a été présenté en première mondiale aux Journées des auteurs de la Mostra de Venise 2024 avant de sortir en salles en France en mai 2025. Le film donne visage et voix à toute une génération, jeunes femmes et hommes soudanais qui, face à la violence d’une armée et de milices, choisissent de résister par le rêve, la poésie, la peinture, la parole. Ce que la caméra de Hind Meddeb capte avec force, c’est que dans les luttes les plus intenses, les femmes sont là en première ligne, portant à la fois la résistance et l’espoir d’un lendemain possible. Le cinéma devient alors bien plus qu’un témoignage : un espace de résilience, un acte de paix.  

Dans le cinéma, cette ambition prend également forme avec le Parcours panafricain de production (PPP), programme unique porté par l’OIF, Canal+ University et l’Ecole supérieure des arts visuels (ESAV) de Marrakech. Lancé en 2025 pour répondre à un besoin de professionnalisation des cinéastes africains francophones, sa première édition a affiché un taux de satisfaction remarquable (88%) – à l’image d’Armel Mboumba (Congo) pour qui le PPP a été « l’occasion de structurer sa vision de production, de renforcer sa posture stratégique et de comprendre que produire, c’est relier une ambition artistique à une réalité économique. » 

L’engouement a été tel que la deuxième édition (2026) a doublé de taille : 80 productrices et producteurs issus de 22 pays, dans une promotion parfaitement paritaire. Ce parcours professionnalisant permet à ces talents de se former et de bâtir des réseaux dans l’espace francophone nécessaires à une carrière durable. 

Mais cela passe également par la mise en valeur de talents, comme le Prix des 5 continents qui fêtait ses 25 ans le 19 mars dernier et dont les deux œuvres primées en 2026, « Une vieille chanson qui brûle » et « Les béliers » portent les maux, les espoirs de nos sociétés mais aussi la possibilité du pardon. Ce pardon qui emmène une paix intérieure mais aussi une paix vers son prochain face à un monde qui se fragmente.  

Les Jeux de la Francophonie, un tremplin 

Depuis 1989, les Jeux de la Francophonie constituent une passerelle entre les cultures, une scène de référence pour révéler les talents francophones des cinq continents. L’OIF accompagne les lauréats dans la durée (résidences, festivals, formations soutien à la création) pour que les Jeux soient un vrai point de départ et non une parenthèse.  

Ce suivi entre deux éditions des Jeux est crucial pour les artistes, afin de consolider leur parcours et donner une impulsion à leur carrière. Cet engagement de l’OIF repose sur une conviction forte : la culture est un espace de dialogue et de reconnaissance mutuelle, mais aussi un espace favorisant l’employabilité des jeunes artistes francophones. Les Jeux de la Francophonie apparaissent ainsi à la fois comme un révélateur et un accélérateur de carrière. 

Ces espaces de rencontre ne se créent pas spontanément, ils se construisent patiemment, par des actes concrets. Soutenir un artiste en résidence, former une productrice à Marrakech, permettre à une danseuse mauricienne de concourir aux Jeux de la Francophonie, c’est ce que fait l’OIF, jour après jour, pour que les cultures francophones aient encore beaucoup à se dire, à offrir, à inventer ensemble.

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