En marge de la 70e session de la Commission de la condition de la femme (CCF 70), l’OIF a tenu, le 9 mars 2026 à New York, un Dialogue de haut niveau intitulé : « Actions francophones pour les femmes et les filles : l’Identité juridique, vecteur de justice ».
L’événement a offert aux délégations des pays membres et représentants de la société civile francophone une plateforme d’échanges et de partage d’expériences autour d’un enjeu important mais largement invisibilisé : l’identité juridique conditionnée par l’obtention d’actes d’état civil. Les discriminations structurelles qui entravent les droits fondamentaux des femmes sont bien documentées. Moins visible, mais tout aussi déterminante : l’absence d’état civil, qui prive des millions de femmes de la reconnaissance légale indispensable pour accéder à la justice, aux services publics et aux protections juridiques.
La Cheffe de l’Unité Égalité femmes-hommes de l’OIF, Michèle Balourd-Quidal, a rappelé les jalons structurants de trente années d’engagement de la Francophonie en faveur des femmes. Le sujet des femmes comme piliers du développement et de la stabilité des pays qui sera l’un des points à l’agenda du prochain Sommet de la Francophonie, a-t-elle souligné, avant d’inviter les Etats et gouvernements à considérer l’accès à l’état civil comme une condition non négociable de l’égalité entre les femmes et les hommes et de l’accès effectif à la justice. Elle a enfin exhorté à accélérer l’accès des femmes et des filles à l’état civil d’ici 2030 afin de traduire l’Appel de Kigali en résultats tangibles.
A travers cet évènement, l’OIF réaffirme le rôle central de l’état civil dans la consolidation de l’état de droit, de la justice et du développement durable. Le Projet d’appui à l’état civil, déployé depuis 2020 et fondé sur une approche centrée sur les droits humains, a permis l’enregistrement de 500 000 personnes dont 250 000 femmes et filles francophones aux registres nationaux d’état civil de cinq États membres. Parallèlement, 2,5 millions de personnes ont été sensibilisées aux enjeux de l’état civil dans cinq pays (Cameroun, Guinée, Madagascar, Tchad et Togo), et plus de 6 100 agents, acteurs et responsables des systèmes d’état civil ont bénéficié de formations spécifiques.
Bénéficiaire de cette coopération, la Guinée a partagé son expérience à travers l’intervention de la Ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités : Mme Patricia Adeline Lamah a ainsi souligné qu'« investir aujourd’hui dans l’identité juridique des filles, c’est sécuriser l’avenir même de la nation guinéenne », qui compte plus de plus de 9 millions de femmes et plus de 8 millions de filles de moins de 18 ans. Elle a insisté sur l’importance de concentrer les efforts dans les zones rurales, où les femmes et les filles rencontrent davantage de difficultés pour accéder à l’état civil, à l’information, aux services de base et à la justice.
Comme l’a rappelé la déléguée du Gabon, les efforts doivent également être consentis sur les plans législatif et administratif. Depuis 2021, son pays a engagé des réformes majeures pour assurer l’enregistrement systématique des naissances, la gratuité des documents d’état civil dans les hôpitaux publics et la centralisation du fichier d’état civil.
La Coordinatrice de l’association Fédération pour la promotion féminine et enfantine, de Madagascar, Mme Celine Razafindehibe, a mis en avant le rôle clé de la société civile dans la mobilisation, la sensibilisation, ainsi que dans la mise en œuvre et la valorisation des initiatives en faveur de l’état civil. Elle a insisté sur la nécessité de mobiliser ressources, volonté politique et actions concrètes, afin que chaque femme et chaque fille puisse exister légalement, bénéficier pleinement de la reconnaissance de ses droits et profiter pleinement d’une sécurité juridique, d’une confiance et d’une indépendance durables, ouvrant ainsi la voie à un avenir plus juste, équitable et prometteur pour toutes.
La rencontre a réaffirmé l’engagement de la Francophonie en faveur de l’ODD 16 – garantir une identité juridique à tous, grâce à l’enregistrement des naissances d’ici 2030 – les femmes et les filles étant un public prioritaire. Les États et gouvernements membres ont reconnu l’importance d’accélérer l’enregistrement aux systèmes d’état civil, en plaçant l’égalité de genre au cœur de cette ambition.