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Dossier thématique : « Construire la paix par l’inclusion numérique et l’insertion économique » | Avril 2026 |
Retour sur les actions de l’OIF pour développer l’insertion professionnelle des jeunes, à travers notamment l’outil du numérique.
Chaque année, près de 12 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail africain, alors que les économies du continent ne créent qu’environ 3 millions d’emplois formels. À l’horizon 2050, plus de 620 millions d’emplois seront nécessaires pour répondre à la pression démographique, selon la Banque mondiale et la Banque africaine de développement*.
Au-delà du chômage, cette réalité recouvre un enjeu tout aussi préoccupant : celui du sous-emploi et de l’informalité, sources de précarité, de vulnérabilité et de faible productivité. Dans un contexte marqué par la transformation numérique des économies, ces déséquilibres risquent d’alimenter des tensions sociales croissantes. L’accès à l’emploi, en particulier pour les jeunes, devient ainsi non seulement un impératif économique, mais aussi un facteur clé de stabilité et de paix. En agissant en amont sur les causes structurelles de l’instabilité, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) entend contribuer à prévenir ces tensions sociales et à renforcer la cohésion au sein des sociétés francophones.
Dans ce paysage en mutation, le numérique apparaît comme un levier stratégique. Il offre des opportunités d’insertion rapide, stimule la productivité et ouvre de nouveaux débouchés, y compris à distance. Pourtant, dans de nombreux pays de l’espace francophone, notamment en Afrique, l’accès aux formations adaptées reste limité. Les systèmes éducatifs demeurent souvent trop théoriques, tandis que l’offre de formation professionnelle dans les métiers du numérique est encore insuffisante ou trop coûteuse. Il en résulte un décalage persistant entre les compétences disponibles et les besoins du marché du travail.
Réduire cette fracture est devenu un enjeu majeur pour les pays francophones. En renforçant l’accès aux compétences et aux opportunités professionnelles, il est possible de lutter contre les vulnérabilités sociales tout en favorisant une croissance plus inclusive.
Formations aux métiers du numérique
C’est dans cette perspective que l’OIF a lancé, en 2021, le projet « D-CLIC, formez-vous au numérique avec l’OIF », dans le cadre de sa Stratégie de la Francophonie numérique (2022-2026). Ce projet vise à développer des compétences numériques professionnalisantes et à faciliter l’insertion des jeunes et des femmes francophones, en particulier dans les contextes où les opportunités économiques sont limitées.
D-CLIC ambitionne de former 30 000 jeunes à l’horizon 2027, à travers des dispositifs hybrides combinant formations en présentiel et apprentissage en ligne. Cette approche permet de toucher des publics éloignés des centres urbains et d’élargir l’accès à des formations qualifiantes. Au-delà des compétences techniques, le programme accompagne les bénéficiaires vers l’emploi ou l’entrepreneuriat, contribuant ainsi à leur autonomisation économique. Les formations couvrent des métiers en forte demande – développement web et mobile, cybersécurité, intelligence artificielle ou encore analyse de données – et ouvrent des perspectives concrètes : emploi qualifié, création d’activité ou prestation de services à distance. En structurant ces compétences, D-CLIC participe à l’émergence d’écosystèmes numériques locaux et à la diversification des sources de revenus.
Une attention particulière est portée à l’inclusion des femmes, encore sous-représentées dans le secteur. Avec plus de 40 % de participantes, le programme contribue à réduire les inégalités de genre et à favoriser une participation plus équilibrée à l’économie numérique.
Depuis son lancement, plus de 20 500 jeunes issus de 19 pays d’Afrique francophone ont été formés, en présentiel et via la plateforme en ligne. Ces parcours débouchent déjà sur des initiatives entrepreneuriales prometteuses. Au Togo, par exemple, plusieurs projets ont émergé à l’issue des formations : une application facilitant l’accès aux soins de santé à domicile (Koulmed), une plateforme de conseil en marketing digital pour les coopératives (Digicovibes) ou encore des services d’accompagnement en import-export (Zaragroup). Comme en témoigne Kossi Zozo, fondateur de la plateforme Pinivie, dédiée à la mise en relation entre éleveurs et acheteurs : « Le numérique n’est pas une option, c’est un levier stratégique. J’ai gagné en confiance et en crédibilité. Cela a élargi mon champ d’action et renforcé ma légitimité auprès des partenaires techniques et financiers. ».
Au-delà de la formation, l’OIF renforce l’impact de son action en développant des synergies avec d’autres dispositifs. L’intégration des formations D-CLIC au sein des Centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC) consolide leur rôle en tant que lieux d’inclusion sociale et d’apprentissage. En parallèle, l’Organisation soutient des incubateurs, des espaces d’innovation et des réseaux de jeunes entrepreneurs, contribuant à structurer des écosystèmes favorables à l’emploi et à l’innovation.
Dans le prolongement de ces actions de formation, l’OIF déploie des initiatives complémentaires visant à accompagner les jeunes et les femmes vers l’entrepreneuriat et l’insertion professionnelle.
#CAP Innovation
Dès la grande consultation « La Francophonie de l’avenir » menée en 2020, les jeunes ont clairement identifié l’accès à l’emploi comme une priorité majeure, aux côtés de l’éducation et de l’environnement. En réponse, l’OIF a progressivement structuré des initiatives concrètes visant à accompagner les jeunes vers l’autonomie économique et l’insertion professionnelle.
En 2024, le concours jeunesse « Innovons aujourd’hui, créons l’avenir » a permis de soutenir des jeunes porteurs de projets dans la mise en œuvre de leurs initiatives entrepreneuriales. Dans son prolongement, l’appel à candidatures #CAP Innovation a marqué une étape structurante, en donnant une place prépondérante aux initiatives porteuses d’impact à travers des outils ou innovations numériques.
En 2025, plus de 3 100 candidatures issues de 49 pays ont été reçues, témoignant du dynamisme et du potentiel de la jeunesse francophone. Cent jeunes entrepreneurs ont été sélectionnés pour bénéficier d’un programme intensif de formation aux fondamentaux de l’entrepreneuriat, tandis que les 20 projets les plus prometteurs ont intégré une cohorte accompagnée sur mesure, incluant notamment du mentorat, de la mise en réseau et un accès à des opportunités d’investissement. Parmi eux, 8 lauréats ont bénéficié d’un appui financier direct pour soutenir la mise en œuvre de leurs projets, par exemple la startup « 3DM Immersion virtuelle » au Maroc, dont la mission est de réinventer la formation professionnelle en la rendant immersive, interactive et accessible ; Kasuku Kalenda, au Burundi, développe une application visant à transformer le calendrier en encyclopédie vivante des savoirs africains ; ou encore le projet « Voix des communes », développé dans la région Savanes au Togo, forme les jeunes des zones rurales à créer et diffuser des contenus numériques pour valoriser les réalités locales.
Conformément aux orientations stratégiques de l’OIF pour 2026, la prochaine édition de #CAP Innovation évoluera vers un ciblage renforcé de l’employabilité et de l’emploi des jeunes, en mettant l’accent sur des projets à impact concret, connectés aux réalités économiques et aux opportunités d’insertion.
Opportunités et mise en réseau des jeunes
Parallèlement, l’OIF développe des outils numériques pour faciliter l’accès des jeunes aux opportunités. À travers notamment le Portail Jeunesse et ses réseaux sociaux, elle met à disposition des offres d’emploi, des appels à projets et des opportunités de formation issues de l’ensemble de l’espace francophone et au-delà. Le répertoire des jeunes experts permet une mise en relation entre les jeunes disposant de compétences à valoriser dans différents domaines d’expertise. Il regroupe aujourd’hui plus de 1000 profils issus de 43 pays. L’objectif est de permettre aux jeunes d’être informés, accompagnés et mieux connectés aux écosystèmes économiques ainsi qu’entre eux.
Cette approche intégrée : formation, accompagnement, financement et accès à l’information, contribue à renforcer l’autonomie des jeunes et des femmes, à favoriser leur insertion professionnelle et, plus largement, à soutenir des sociétés plus inclusives, stables et résilientes.
Par ailleurs, à travers le Réseau international de la jeunesse de la Francophonie (RIJF), l’OIF s’appuie sur une société civile jeunesse structurée, forte de plus de 400 organisations membres issues de près de 30 pays, pour favoriser la mise en réseau, le dialogue et la co-construction d’initiatives portées par les jeunes, tout en contribuant au renforcement de leurs capacités et à leur insertion socioprofessionnelle à l’échelle de l’espace francophone. Ce cadre favorise également le dialogue, la participation et la co-construction de solutions avec les jeunes, contribuant ainsi à des sociétés plus inclusives et apaisées.
Mesurer l’insertion professionnelle des jeunes
L’outil Inserjeune, un instrument d’évaluation des dispositifs d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP), est déployé depuis 2018 par l’OIF et est aujourd’hui utilisé dans 16 pays pour le suivi de l’insertion professionnelle des personnes formées. Ce dispositif de suivi et de pilotage permet d’identifier et de préciser, en temps réel, les secteurs porteurs d’emplois par localité et d’orienter les apprenants vers les métiers d’avenir. Il permet également aux établissements de formation de contribuer à un meilleur arrimage entre leur offre et la demande des employeurs. De leur côté, les entreprises peuvent recruter directement et préciser leurs attentes sur les compétences recherchées. In fine, « InserJeune » permet d’améliorer le taux d’employabilité des diplômés et d'évaluer l'efficacité externe des dispositifs d'EFTP.
Cette application a été développée dans le cadre plus large du programme « Formation et insertion professionnelle des Jeunes ». Mené depuis 2014 par l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), il a touché 350 000 bénéficiaires à travers des actions visant à améliorer les politiques publiques, l’apprentissage et la formation selon l’approche par compétences,
Toutes ces actions s’inscrivent pleinement dans les Objectifs de développement durable, notamment l’ODD 4 (éducation de qualité), l’ODD 5 (égalité entre les sexes) et l’ODD 8 (travail décent et croissance économique).
En offrant des perspectives professionnelles concrètes, en réduisant les inégalités et en renforçant l’autonomie des jeunes et des femmes, l’accès aux compétences numériques contribue directement à la cohésion sociale. Il participe également à prévenir les risques de marginalisation et de tensions.
En combinant développement des compétences, accompagnement à l’entrepreneuriat, accès aux opportunités et mobilisation des acteurs, l’Organisation internationale de la Francophonie se positionne comme un acteur clé de la stabilité et du développement durable dans l’espace francophone.
À travers l’ensemble de ces initiatives, la Francophonie démontre que l’inclusion numérique peut devenir un véritable levier de résilience. En donnant aux jeunes les moyens de se projeter dans l’avenir, elle contribue à bâtir des sociétés plus stables, plus prospères et plus pacifiques.
* Données issues de la Stratégie du Groupe de la Banque pour l’emploi des jeunes en Afrique 2016 – 2025 », Groupe de la Banque Africaine de Développement et de Africa’s Pulse, No. 32, Octobre 2025 : Comment Créer des Emplois en Afrique, Banque Mondiale.