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Dossier thématique : « Construire la paix par le développement durable » | Juin 2026 |
Au Cabo Verde, l’OIF soutient un projet de tourisme durable porté par les communautés locales et fondé sur leur tradition d’hospitalité.
Au lever du jour, dans une maison de l’île de Maio, une odeur de café et de pain chaud se mêle aux voix d’une famille en pleine préparation du petit-déjeuner. Ici, au Cabo Verde, l’accueil ne s’improvise pas : il se vit. La morabeza, cette hospitalité emblématique est devenue un produit touristique.
Avec le projet « Homestay Maio », soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dans le cadre du programme Destination Éco-Talents (P20), cette tradition devient le socle d’un tourisme durable, pensé et porté par les communautés locales.
Maio, un équilibre fragile entre préservation et développement
Classée réserve de biosphère par l’UNESCO, l’île de Maio se distingue par la richesse de ses écosystèmes et la vitalité de ses traditions. Mais à l'instar de nombreux territoires insulaires, Maio fait face à un défi majeur : comment valoriser ses ressources sans les dénaturer, tout en créant des opportunités économiques pour sa population ?
Comme le souligne Tiago Carneiro (photo ci-contre) de la Fundação Maio Biodiversidade, « l'île dispose de nombreux atouts, tels que des maisons traditionnelles anciennes avec de vastes zones de protection, une grande zone protégée à l'extrémité de l'île, ainsi que des espaces dédiés à la reproduction animale. Il s'agit donc de concilier protection de l'environnement et développement économique, en profitant d'une nature encore préservée pour créer des activités durables. »
Un tourisme ancré dans les communautés
C’est dans ce contexte qu’a émergé le projet « Homestay Maio : la tradition au service d’un tourisme durable », porté par la Fundação Maio Biodiversidade avec l’appui de l’OIF. L’initiative repose sur un principe simple : faire des habitants les premiers acteurs du tourisme. Accueil, transmission, organisation des activités… tout est pensé à l’échelle locale. Le projet accompagne les communautés dans la structuration d’une offre touristique respectueuse de leur environnement et de leur culture, tout en renforçant leurs compétences.
L’hébergement chez l’habitant, une expérience culturelle vivante
Au cœur du dispositif, l’hébergement chez l’habitant – ou Alojamento Rural. Plus qu’un simple séjour, il s’agit d’une immersion dans la vie quotidienne des familles. Les visiteurs partagent les repas, découvrent des recettes traditionnelles, échangent sur les histoires locales. Le patrimoine culturel ne se donne pas à voir comme un objet figé : il se vit, se raconte et se transmet dans l’interaction. Chaque séjour devient ainsi une expérience co-construite, où hôtes et visiteurs apprennent les uns des autres.
Les femmes, piliers de la transmission et de l’accueil
Dans cette dynamique, les femmes occupent une place centrale. Dépositaires des savoir-faire culinaires et des traditions d’hospitalité, elles assurent l’organisation de l’accueil et la transmission des pratiques culturelles. Grâce au projet, elles bénéficient de formations en langues, en gestion et en entrepreneuriat (photo ci-contre). Ces compétences renforcent leur autonomie économique et leur permettent de structurer une offre touristique de qualité, tout en restant fidèles à leur identité. À travers leur engagement, c’est toute une économie locale qui se construit, fondée sur la valorisation des ressources culturelles.
Une transformation concrète : le parcours de Dercy
Dercy (photo ci-contre), hôte du programme, incarne cette évolution. Dans sa maison, chaque repas devient un moment d’échange. « Aujourd’hui, je peux accueillir des voyageurs du monde entier », confie-t-elle. « Je leur fais découvrir nos plats, et en même temps, j’apprends aussi d’eux. » Elle adapte ses recettes aux goûts de ses visiteurs tout en préservant les saveurs locales. Chez elle, la cuisine devient un espace de dialogue interculturel, où se rencontrent traditions et ouverture au monde.
« La participation à ce projet m’a permis de développer des compétences essentielles pour accueillir des visiteurs internationaux. J’ai appris à adapter les repas aux différentes préférences des hôtes, tout en préservant les spécificités de la cuisine locale. J’ai également amélioré ma capacité à communiquer avec des personnes venant de cultures diverses. Ma maison n’est plus seulement un lieu d’hébergement, mais aussi un espace de partage culturel et de convivialité. Grâce au programme, j’ai pu améliorer les infrastructures, ce qui a rendu mes services plus professionnels et a renforcé mon autonomie économique. »
Des retombées concrètes pour le territoire
Au-delà des parcours individuels, les effets du projet se mesurent à l’échelle de l’île. L’initiative contribue à structurer une offre touristique cohérente, à attirer un public sensible aux enjeux du tourisme durable et à générer des revenus directs pour les familles. Elle permet également aux femmes propriétaires d’augmenter significativement leurs revenus grâce à une meilleure valorisation de leur offre d’hébergement et à l’accès à une clientèle plus qualifiée. De plus, elle renforce l’attractivité du territoire, en évitant les déséquilibres liés au tourisme de masse.
Plusieurs dizaines d’acteurs locaux, dont une majorité de femmes et de jeunes, sont aujourd’hui impliqués dans le programme. Cette mobilisation collective témoigne d’une dynamique inclusive et durable.
Le tourisme comme lien social et vecteur de stabilité
Sur le terrain, cette approche prend vie dans des scènes simples : un atelier de cuisine improvisé dans une cour, une discussion animée sur les traditions locales ou une promenade guidée par un habitant racontant l’histoire de son village. Autant de moments où le tourisme devient un espace de rencontre, de transmission et de lien social.
En soutenant des initiatives comme « Homestay Maio », la Francophonie montre que le tourisme peut devenir un véritable levier de développement territorial lorsqu’il est ancré dans les réalités locales. En articulant valorisation du patrimoine, inclusion économique et renforcement des compétences, le programme Destination Éco-Talents contribue à bâtir des économies plus résilientes.
Au-delà des retombées économiques, c’est la cohésion sociale qui se renforce. En redonnant aux communautés la maîtrise de leur développement et en valorisant leurs savoirs, le tourisme durable participe à la stabilité des territoires et à la construction de dynamiques de développement plus inclusives et durables.