Dossier thématique : « Construire la paix par la culture » | Mai 2026

 

Avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le patrimoine culturel comorien devient aujourd’hui le cœur d’une nouvelle dynamique : un produit touristique durable, porté par les communautés elles-mêmes.

À marée basse, sur les côtes de Mitsamiouli-Ndroudé, des silhouettes se dessinent à l’horizon. Les femmes avancent lentement, gestes précis hérités de générations passées. Ici, aux Comores, la pêche à pied n’est pas seulement une activité : c’est une mémoire vivante, un savoir transmis, un lien social profondément ancré.

Un archipel entre fragilité et opportunités

L’Union des Comores abrite des écosystèmes d’une richesse exceptionnelle, notamment dans les parcs nationaux Mitsamiouli-Ndroudé et Shisiwani. Mais ces territoires font face à de multiples défis : isolement géographique, pression sur les ressources marines et manque d’opportunités économiques, notamment pour les jeunes.

Longtemps, les savoir-faire culturels artisanat, cuisine, pratiques de pêche  sont restés en marge des circuits économiques formels. L’enjeu est désormais clair : valoriser ces patrimoines sans les dénaturer, en créant des activités génératrices de revenus pour les populations locale

"Destination Éco-Talents", un cadre structurant pour un tourisme communautaire

C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet porté par l’Agence des Parcs nationaux des Comores (APNC), avec l’appui de l’OIF dans le cadre du programme Destination Éco-Talents. L’objectif : structurer un réseau de sites écotouristiques reliant plusieurs villages, tels que Ndroudé, Bangoi Kouni ou Hantsindzi. Le projet repose sur une approche participative, fondée sur la consultation des communautés, l’élaboration de chartes de tourisme durable et la formation des acteurs locaux. Guides, animateurs nautiques, gestionnaires de gîtes : les métiers du tourisme se professionnalisent progressivement, en s’appuyant sur les structures locales existantes, comme les coopératives et associations communautaires.

 

La pêche à pied : d’un savoir ancestral à une expérience touristique

Au cœur de cette dynamique, la pêche à pied des femmes comoriennes incarne un patrimoine culturel d’une richesse exceptionnelle. Transmise de génération en génération, cette pratique repose sur une connaissance fine des marées, des espèces et des écosystèmes côtiers. Elle s’inscrit également dans une organisation sociale fondée sur le partage et des règles coutumières garantissant une gestion durable des ressources.

Aujourd’hui, ce savoir-faire devient une expérience touristique. Les visiteuses et visiteurs peuvent accompagner les femmes sur les récifs, découvrir leurs techniques et comprendre leur relation à la mer. Le patrimoine ne se contente plus d’être observé : il est vécu, expliqué et transmis.

Les femmes, actrices centrales d’un développement inclusif

Les femmes occupent une place centrale dans ce modèle. À la fois pêcheuses, commerçantes et détentrices des savoirs, elles structurent une part essentielle de l’économie locale. Grâce au projet, plus de 120 acteurs en majorité des femmes et des jeunes ont été formés aux métiers du tourisme responsable. Elles développent de nouvelles compétences, diversifient leurs revenus et renforcent leur autonomie économique. Comme le souligne une participante : « Nous transmettons ce que nous avons appris de nos mères, tout en construisant de nouvelles opportunités pour nos enfants. » Rafzati (photo ci-contre), de Mitsamiouli, poursuit : « Avant, je ne savais pas nager avec un masque, un tuba et des palmes. Aujourd’hui, je suis capable de me déplacer sous l’eau, de plonger en profondeur et de rester suffisamment longtemps pour observer les merveilles marines. La formation me donne aujourd’hui les compétences nécessaires pour contribuer au développement de l’écotourisme dans ma région. »

Des impacts concrets à l’échelle du territoire

Les effets du projet se mesurent déjà concrètement. Plus de 210 bénéficiaires directs sont impliqués et près de 1 500 personnes profitent indirectement des retombées économiques. Les revenus générés permettent de soutenir les familles, de financer l’éducation des enfants et de renforcer des mécanismes de solidarité locale, comme les tontines. En parallèle, l’ancrage économique des activités dans la préservation des ressources naturelles contribue à protéger durablement les écosystèmes marins  récifs coralliens, mangroves et herbiers.

Le tourisme comme espace de transmission et de lien social

Sur le terrain, cette transformation se traduit par des expériences simples mais fortes : une sortie de pêche partagée, un échange sur les cycles des marées, une discussion sur les espèces protégées. Ces moments créent du lien entre visiteurs et communautés, tout en valorisant des savoirs souvent invisibles. Le tourisme devient alors un vecteur de transmission culturelle et de reconnaissance sociale.

En plaçant le patrimoine culturel et naturel au cœur de leur stratégie de développement, les Comores, avec le soutien de la Francophonie, démontrent que le tourisme durable peut être un puissant levier de stabilité. En valorisant les savoirs locaux, en impliquant directement les communautés et en créant des opportunités économiques inclusives, le programme contribue à renforcer la cohésion sociale et la résilience des territoires.

Au-delà de la préservation, il s’agit d’un véritable projet de société : un modèle où la protection de l’environnement, la transmission culturelle et le développement économique avancent ensemble, au service d’une stabilité durable.

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