En accompagnant les cinéastes du Sud dans les festivals, l’OIF transforme son soutien financier en opportunités concrètes de production et de diffusion.

Chaque été, la « saison des festivals » est l’occasion pour l’OIF de soutenir qualitativement des films en projet, en accompagnant leurs producteurs et réalisateurs dans les grands rendez-vous professionnels organisés en marge de ces festivals.

C’était le cas cette année avec au programme : Open Doors du Festival de Locarno, le lancement de New African Voices au Monténégro Film RDV et l’atelier de post-production Final Cut de la Biennale de Venise.

Pour un cinéaste, être présent dans un  festival n’est pas seulement une récompense qui vient après le film. C’est souvent le lieu où le film devient possible. Il l’est d’autant plus pour les cinéastes issus de pays dépourvus de réseau de salles solide, de fonds national ou de diffuseur capable de préacheter. Le circuit festivalier concentre en quelques jours ce qui est autrement inaccessible toute l’année : coproducteurs, fonds sélectifs, vendeurs internationaux, programmateurs, partenaires techniques, etc.

La sélection joue aussi un rôle de validation. Elle donne au projet une légitimité que les financeurs reconnaissent et transforme un nom inconnu en cinéaste identifié.

Pitcher et convaincre en vingt minutes

Le cœur de ces ateliers tient en deux exercices : 

  • Le pitch - devant une salle de décideurs, le binôme réalisateur/producteur dispose d’une dizaine de minutes pour présenter son film à venir (l’histoire, l’intention de mise en scène, le budget et ce qui manque encore) ; un exercice préparé pendant des semaines avec des mentors.
  • Les rendez-vous individuels - dans les heures qui suivent, les participants enchainent des entretiens de quinze à vingt minutes en face à face avec un fonds, un coproducteur, un vendeur ou un festival intéressé.

 

A la clé : un accord de coproduction, un préachat de diffuseur, une candidature à un fonds, une sélection dans un autre festival, ou une réécriture du scénario après un diagnostic professionnel. Rarement tout à la fois mais un projet qui ressort toujours bonifié à la suite de ce parcours.

Et c’est là qu’intervient l’OIF. En s’associant à ces ateliers dans le choix des projets et en soutenant la mobilité de réalisateurs et producteurs, l’OIF s’assure de la présence des Etats francophones du Sud dans ces plateformes. Si les subventions du Fonds Image de la Francophonie sont vitales pour les projets, cet accompagnement technique très qualitatif est lui aussi décisif pour faire progresser leurs porteurs et enclencher les partenariats qui leur permettront de se concrétiser.

Locarno, Monténégro, Venise, des tremplins pour les films du Sud

Lancé en 2003 par le festival de Locarno - dont l'édition 2026 s'est déroulée du 5 au 15 août - avec la coopération suisse, Open Doors soutient les cinéastes des régions où le cinéma indépendant est fragile ou menacé. Le programme se concentre sur une région du monde pendant trois ou quatre ans. Le cycle 2025-2028 est consacré à 42 pays du continent africain (le précédent suivait la Caraïbe et l’Amérique latine). Chaque édition réunit une cinquantaine de professionnels autour de quatre volets : un marché de coproduction pour les projets en développement, une formation destinée aux jeunes producteurs, un programme pour les réalisateurs dont les films sont à l’affiche du festival et un programme dédié aux collaborations Sud-Sud (Open Doors Connect).

Depuis 2022, l’OIF est partenaire de ce programme de formation au cours duquel les producteurs sélectionnés apprennent à accompagner les auteurs, structurer un dossier, monter un plan de financement international, comprendre le fonctionnement de fonds européens et des marchés, négocier avec un vendeur, préparer la stratégie festival et la distribution d’un film. Le format mêle sessions collectives, consultations individuelles avec des mentors, projections et rendez-vous d’affaires. En fin de session, l’OIF sélectionne un projet du programme Open Doors pour un accompagnement sur mesure (diagnostic de scénario, montage du dossier, recherche de partenaires). Cette année, c’est la réalisatrice angolaise Pocas Pascoal (photo ci-contre / crédit : Locarno Festival) qui va bénéficier de cette aide pour son projet « Sarah ».

Sur le modèle de ce programme pionnier, de nouvelles initiatives voient le jour.

Ainsi, fin août 2026, le Centre du film du Monténégro a lancé New African Voices, en partenariat avec l’OIF, dans le cadre du 39e Festival du film de Herceg Novi. L’objectif est double : faire découvrir le cinéma africain contemporain au public monténégrin et introduire des auteurs africains dans un réseau professionnel européen qui leur restait fermé.

Trois longs métrages sélectionnés par l’OIF y ont ainsi été pitchés devant des producteurs et des représentants de fonds : « Lutteurs » d’Alassane Sy (Sénégal), « Nke Ntum (Cette obsédante ennemie) » de Cyrielle Raingou (Cameroun) et » Tkallem (Parler) » de Nejib Kthiri (Tunisie). Chaque producteur a bénéficié de 15 à 20 rendez-vous avec des partenaires éventuels, des Balkans bien sûr, mais également de Belgique, France, Luxembourg, Royaume-Uni, etc. Deux films soutenus par le Fonds Image de la Francophonie ont par ailleurs été projetés lors du festival : « Promis le Ciel » de la Tunisienne Erige Sehiri (en sa présence) et « Congo boy » de Rafiki Fariala.

Dernière étape de ce parcours estival des festivals européens, la Biennale cinéma de Venise avec Final Cut, son atelier de post-production (photo ci-contre). Six films africains et arabes en cours de finition sont présentés chaque année à des distributeurs, vendeurs internationaux, responsables de fonds et festivals, laboratoires techniques, qui leur offrent les moyens de franchir la dernière étape de la fabrication d’un film, celle où de nombreux projets s’enlisent faute de financements.

Cette année, trois films sélectionnés étaient soutenus par le Fonds Image de la Francophonie (FIF) soit la moitié du Palmarès.

Machérie Ekwa Bahango (RDC) signe la plus belle moisson avec son projet « Madi Makambu (Premier né) », qui remporte le prix principal (Prix Biennale de Venise, 10 000 €), la Prix Red Sea Film Fund (5000 USD) et trois dotations en industrie d’une valeur supérieure à 25.000 € (accompagnement musical, marketing distribution, archivage numérique). Youssef Chebbi (Tunisie) obtient pour son projet « Fléau (Balaa) » deux prix techniques (17 500 €). Alaa Eddine Aljem (Maroc) reçoit quant à lui un appui de l’OIF de 5000 euros, pour son projet « Eldorado, le goût du Sud ».

Pour ces cinéastes l’apport dépasse largement les montants annoncés. Ces dotations couvrent des postes (étalonnage, mixage, DCP, sous-titrage…) qui conditionnent la conformité artistique et technique exigée par les grands festivals et diffuseurs internationaux. Elles accélèrent la finition, souvent l’étape la plus longue d’un film indépendant, quelle que soit son origine. Surtout, elles inscrivent ces œuvres dans un réseau de vendeurs, de programmateurs et de coproducteurs.

Festivals : l'alpha et l'oméga de l’accompagnement des cinéastes

Ces ateliers sont la preuve que la valeur d’un festival se mesure aussi aux films qu’il aide à naître, pas seulement à ceux qu’il projette.

Les festivals sont donc situés aux deux bouts de la chaîne et sont les partenaires naturels de l’OIF dans son soutien aux producteurs du Sud. Ainsi, au cours de l’année écoulée, l’OIF a également soutenu des festivals comme les Journées cinématographiques de Carthage (plus de 100.000 spectateurs), le Festival du film francophone de Namur (Belgique, 25.000 spectateurs) ou encore le Festival cinémas d’Afrique de Lausanne (plus de 6.000 spectateurs en 4 jours). Car c’est aussi cela le mandat de l’OIF : soutenir la diversité des contenus francophones et s’assurer de leur visibilité et leur accès à divers publics.

Financer les films du Sud comme le fait l’OIF depuis 35 ans est indispensable mais ne suffit pas à les faire exister. Encore faut-il qu’ils trouvent leur public et leur place dans les réseaux professionnels. Une projection devant 6.500 spectateurs, une compétition qui distingue, un réseau qui s’ouvre à des auteurs jusqu’à là isolés. C’est cette continuité, du premier pitch à la dernière projection, qui fait la différence entre un projet aidé et un film qui existe et qui fait toute la valeur ajoutée de l’accompagnement de l’OIF dans le secteur du cinéma.

(Photo de une : projection hors les murs 2026 / crédit : Festival de Locarno)

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