Martinien Komlan Gbede : Le code comme moteur de croissance au Togo

PORTRAIT | Dossier thématique : « Construire la paix par l’inclusion numérique et l’insertion économique » | avril 2026

Un visage du numérique togolais

À Lomé, une nouvelle génération de bâtisseurs ne manie ni le ciment ni la truelle, mais les lignes de code. Parmi eux, Martinien Komlan Gbede, 24 ans, un jeune développeur dont le nom commence à circuler dans les sphères de l’innovation digitale. Mais derrière le titre de cofondateur de l’entreprise Clevia-SN, se cache un parcours de détermination. Martinien incarne cette jeunesse francophone qui a su transformer une opportunité de formation en un levier de croissance économique. Son histoire est celle d'une transition réussie entre la réparation de machines et la création de solutions immatérielles, illustrant parfaitement comment l’accès aux compétences numériques peut devenir un vecteur de paix et de stabilité sociale.

Le temps du tournevis : entre passion et limites

Tout commence pour Martinien par un Brevet de Technicien (BT) en Maintenance Informatique. À cette époque, son quotidien est rythmé par l'odeur des composants électroniques et le bruit des ventilateurs encrassés. Il diagnostique, démonte, répare. "Mon métier consistait à redonner vie aux ordinateurs. J'aimais ce contact direct avec le matériel, soigner les composants et chouchouter les machines des clients", confie-t-il.

Pourtant, malgré sa maîtrise technique, Martinien ressent un plafond de verre. Réparer l'outil est une chose, mais savoir l'utiliser pour créer un univers entier en est une autre. Dans un pays où le numérique est en pleine explosion, se limiter au matériel, c’est rester à la porte d'une révolution plus vaste. Les freins sont alors financiers et pédagogiques : comment accéder à une expertise de pointe en développement logiciel sans ressources massives ? La vulnérabilité est là : celle d'un talent qui risque de stagner faute de passerelle vers la modernité applicative.

Le déclic D-CLIC : l'étincelle de la Francophonie

C’est au détour d’une conversation avec un ami que le destin de Martinien bascule. Ce dernier l'alerte sur le lancement du projet D-CLIC, une initiative de l'Organisation internationale de la Francophonie visant à former les jeunes aux métiers du numérique. "J’ai immédiatement soumis ma candidature. C’était l’opportunité que j’attendais pour propulser ma carrière", se souvient-il.

L'admission confirmée, il intègre ce parcours intensif et gratuit. Là, il ne s'agit plus de changer des barrettes de RAM, mais de structurer des algorithmes et de concevoir des architectures web. Le soutien de l'OIF n'est pas qu'une simple ligne sur un CV ; c’est un environnement d’apprentissage qui brise l’isolement et offre des outils professionnels à ceux qui en sont éloignés. Durant des mois, Martinien s'imprègne des langages de programmation, entouré d'autres passionnés partageant les mêmes ambitions.

De la salle de classe à Clevia-SN : un impact tangible

L'impact du projet se mesure dès la sortie de formation. Martinien ne cherche pas un emploi salarié classique ; il choisit la voie de l’entrepreneuriat et de la solidarité de promotion. Il s'associe avec l'un de ses collègues de formation pour fonder Clevia-SN. Ensemble, ils prouvent que la formation D-CLIC crée des écosystèmes : de simples étudiants deviennent des partenaires d'affaires.

Leur premier grand succès ? La conception du site web de la Fondation Aquereburu. Ce projet d'envergure valide leurs compétences et leur donne la crédibilité nécessaire pour conquérir le marché. Aujourd'hui, les projets s'enchaînent : du secteur de l'hôtellerie avec la plateforme de réservation du Miadjoe Beach Resort (www.miadjoebeachresort.com), au monde de l'art avec la création de portfolios digitaux pour des peintres locaux.

Chaque site créé par Martinien et son associé est une brique posée pour l'économie togolaise. En numérisant des entreprises locales, ils les rendent visibles au monde entier, favorisant ainsi la création de richesses et, par extension, la cohésion sociale par le travail.

Regard personnel : transmettre pour durer

Aujourd'hui, quand Martinien regarde le chemin parcouru, sa fierté est teintée d'une volonté de transmission. "Le numérique n’est pas une option, c’est l’avenir", martèle-t-il à ses "jeunes frères et sœurs". Pour lui, la paix durable dans l'espace francophone passe par l'inclusion technologique. Un jeune qui code, c'est un jeune qui construit, qui innove et qui participe activement à la vie de sa cité.

"Grâce à D-CLIC, je ne suis plus seulement celui qui répare la machine, je suis celui qui écrit le futur sur l'écran". Pour Martinien, l'aventure Clevia-SN n'est que le début d'une trajectoire dédiée à mettre le numérique au service du développement humain.

 

Dossier thématique : « Construire la paix par l’inclusion numérique et l’insertion économique » | Avril 2026

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