Témoignages

Dossier thématique : « Construire la paix à travers l'engagement citoyen » | Juillet 2026

L'édition 2026 de l'Université d’été francophone « Relations internationales » en Europe centrale et orientale se déroule à Bucarest du 6 au 11 juillet. Trois anciennes participantes évoquent leur engagement citoyen et leur rapport à la Francophonie.

 

Tatiana Platon

Je m'appelle Tatiana Platon, je suis Moldave. Depuis longtemps, je rêvais de débuter ma carrière à l’international, tout en restant ancrée dans mon pays d’origine, la République de Moldova. Au fil des étapes franchies, des compétences acquises, des rencontres et des expériences professionnelles variées, j’ai fini par trouver ma place au sein du service diplomatique moldave. Promouvoir les intérêts nationaux, porter la voix de notre politique étrangère et renforcer les relations avec nos partenaires sont aujourd’hui au cœur de mon engagement. 

La langue française occupe une place essentielle dans ce parcours. Elle me permet de faire le lien entre mes expériences passées et celles à venir, et constitue un véritable fil conducteur dans ma trajectoire. 

C’est notamment grâce à l’université d’été francophone dont j’ai eu la chance de faire partie en tant qu’alumna de la première promotion Marie Skłodowska-Curie que mon projet professionnel a pris forme. Ce programme m’a offert un cadre d’échanges stimulant, un espace de socialisation enrichissant, et un environnement francophone que j’affectionne particulièrement. 

Quelques mois plus tard, en octobre 2024, j’ai obtenu un double master francophone en relations internationales et affaires publiques. J’ai ensuite intégré le Ministère des Affaires étrangères de la République de Moldova en tant que stagiaire, avant d’y être recrutée en mai de l’année suivante comme Attaché au sein de la Direction de la coopération bilatérale. 

Dire que les projets francophones, et en particulier l’université d’été francophone de Bucarest portée par l’OIF, ont renforcé ma vocation diplomatique serait en deçà de la réalité. Cette immersion de cinq jours dans un environnement international, pluridisciplinaire et entièrement francophone a été décisive dans mon choix de carrière. 

Bien sûr, toutes les opportunités professionnelles auxquelles j’accéderai ne seront pas francophones c’est une évidence. Mais je continuerai d’encourager les jeunes francophones enthousiastes à s’engager dans ce type de projet. Car, qui sait ? Peut-être qu’un jour, un(e) autre jeune, animé(e) par les mêmes ambitions, trouvera sa voie à travers une expérience similaire. » 

 

Marieta Mkrtchyan 

Je m'appelle Marieta Mkrtchyan, j'ai 25 ans et je suis Arménienne. Depuis plusieurs années, je m'investis dans des projets qui favorisent la participation citoyenne, la coopération internationale et l'égalité entre les genres.  

Mon parcours a commencé dans le secteur associatif en Arménie, où j'ai travaillé sur des initiatives visant à renforcer la participation des jeunes à la vie publique. Au fil des années, j'ai souhaité me projeter dans un cadre plus international. J'ai ainsi rejoint la Ville de Strasbourg en tant que volontaire de Solidarités international, où j'ai travaillé sur le projet de coopération décentralisée entre Strasbourg et Vanadzor (Arménie). J'ai notamment contribué à la préparation de projets de coopération et donc au développement de partenariats entre collectivités territoriales et organisations de la société civile ; et aussi à l'organisation d'événements consacrés à la lutte contre les violences faites aux femmes. Ces missions m'ont permis de constater combien les échanges internationaux peuvent enrichir les politiques publiques et renforcer les initiatives locales. 

C'est dans cette continuité que j'ai participé à l'Université d'été de la Francophonie. Cette expérience a représenté une véritable opportunité de rencontrer des jeunes engagés venus de nombreux pays de l'espace francophone, d'échanger sur nos réalités respectives. Au-delà des formations proposées, ce sont surtout les rencontres humaines qui m'ont marquée. Découvrir des parcours différents, partager nos expériences et réfléchir collectivement aux défis communs m'a permis d'élargir ma vision de l'engagement citoyen. Cette diversité d’expériences m’a confortée dans l’idée que les solutions les plus durables émergent du dialogue et de l’écoute. S’engager aussi en tant que féministe, dans ce contexte, est pour moi une manière de résister aux rapports de pouvoir profondément enracinés dans les structures sociales, politiques et économiques. Ces systèmes produisent et reproduisent des discriminations à travers l’accès inégal aux responsabilités, les violences de genre et la persistance de normes et stéréotypes sexistes. Mon engagement vise donc à questionner ces mécanismes systémiques, en soutenant des actions de terrain, de plaidoyer et de sensibilisation et il a été particulièrement marquant de constater que, malgré des contextes différents, nous partageons dans de nombreux pays de l’espace francophone des préoccupations et des luttes similaires. Ces convergences ont renforcé le sentiment d’une solidarité et d’une vision commune à construire.  

Depuis l'Université d'été, je poursuis mon engagement avec encore davantage de motivation. Les échanges que j'y ai vécus ont renforcé ma volonté de développer des projets qui favorisent la participation des jeunes, soutiennent les initiatives locales et encouragent une plus grande place des femmes dans les espaces de décision. Ils m'ont également permis de tisser un réseau de jeunes professionnels engagés avec lesquels je continue d'échanger et de collaborer. 

Pour l'avenir, je souhaite continuer à travailler dans le domaine de la coopération internationale en développant des partenariats qui rapprochent les institutions, les collectivités locales et les organisations de la société civile. Je suis convaincue que l'engagement citoyen, lorsqu'il s'appuie sur la confiance et la coopération, constitue un levier essentiel pour construire des sociétés plus inclusives et une paix durable. 

La Francophonie occupe une place particulière dans ce parcours. Elle offre un espace où les jeunes peuvent apprendre les uns des autres, partager leurs expériences et construire ensemble des solutions face aux défis communs. Je suis reconnaissante d'avoir pu faire partie de cette communauté et j'espère, à mon tour, contribuer à encourager d'autres jeunes à s'engager pour le monde qui les entoure. 

 

Goharik Grigoryan 

Je m’appelle Goharik Grigoryan, j’ai 25 ans et je suis Arménienne. Je viens récemment de terminer ma thèse de recherche en gouvernance de l’éducation à l’Université Jagellonne de Cracovie, en Pologne. J’ai également travaillé au ministère de l’Éducation de l’Arménie ainsi qu’à l’Assemblée nationale. Je vais prochainement commencer un master Erasmus Mundus en gestion de l’enseignement supérieur, qui me permettra d’étudier en Autriche, en Finlande, en Chine et en Allemagne. 
 
Depuis plusieurs années, je m’engage dans des initiatives éducatives et citoyennes à l’échelle locale et internationale. Je suis membre du conseil d’administration du programme mondial de leadership Kectil, un réseau représentant les jeunes dans plus de 120 pays, qui rassemble plus de 5 000 jeunes leaders actifs et plus de 20 000 alumni à travers le monde. À travers ce réseau, je travaille avec des jeunes issus de différents pays, notamment de régions touchées par des conflits, afin de promouvoir le dialogue, le leadership responsable et la coopération internationale. Je suis également fondatrice d’initiatives dédiées à l’orientation professionnelle et à la participation des jeunes dans la vie de leur communauté, dans le cadre desquelles nous travaillons avec des jeunes issus de communautés rurales et de zones frontalières, ainsi qu’avec des jeunes ayant un accès limité aux opportunités éducatives et professionnelles. 

L’Université d’été francophone a été une expérience marquée par des rencontres riches de sens, des sessions intellectuellement stimulantes sur les relations internationales, la Francophonie, la diplomatie, l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que les enjeux géopolitiques contemporains. La promotion « Charles Aznavour » a réuni près de 50 jeunes venus de 14 pays d’Europe centrale et orientale, créant un véritable espace de dialogue et d’échanges interculturels en français. Les conférences et panels avec des diplomates, des ambassadeurs et des experts internationaux ont permis d’approfondir la compréhension des dynamiques globales actuelles. J’ai particulièrement apprécié la diversité des perspectives et la qualité des discussions, qui ont rendu cette expérience à la fois formatrice et inspirante. 

Cette expérience est devenue pour moi une nouvelle référence professionnelle en termes de qualité et de rigueur. Il est devenu plus difficile de retrouver un niveau similaire de professionnalisme et de coordination dans certains programmes internationaux auxquels je participe, notamment en tant que gestionnaire de projets. Les liens créés avec des représentants de pays que je connaissais peu ont été fantastiques et restent encore aujourd’hui très précieux. Ils m’aident à maintenir une pratique régulière du français dans mes échanges internationaux. Enfin, cette expérience m’a rendue encore plus motivée à participer à d’autres programmes francophones et à rencontrer des personnes dont la pensée et la manière de communiquer sont profondément ancrées dans la langue française. 

Je me considère comme une future gestionnaire et décideuse dans le domaine de l’éducation. Je suis convaincue que seules des sociétés engagées, soutenues par des systèmes éducatifs favorisant la coopération, le dialogue et la participation citoyenne, pourront construire des États durables et pacifiques. Mon objectif est de contribuer à des politiques éducatives qui forment des citoyens responsables, capables de bâtir la paix et de renforcer la cohésion sociale. 

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