Zoom sur l’implantation et les résultats au Bénin du Fonds de solidarité de l’OIF « La Francophonie avec Elles ».

Au Bénin, les femmes jouent un rôle central dans la vie économique et sociale. Présentes dans les marchés, les exploitations agricoles, les activités artisanales et les petites unités de transformation, elles participent activement au dynamisme des territoires. Pourtant, malgré cette contribution essentielle, elles restent confrontées à des inégalités persistantes qui freinent leur accès à un emploi décent, aux ressources productives et aux mécanismes de protection sociale.

Dans une économie largement dominée par l’informel, les femmes restent concentrées dans des activités précaires et vulnérables aux chocs économiques et climatiques. Les obstacles sont encore plus marqués pour les filles-mères déscolarisées, les femmes déplacées ou celles vivant en milieu rural, dont l’accès à la formation et aux opportunités économiques demeure limité. Dans ce contexte, l’autonomisation économique des femmes constitue un levier déterminant de transformation sociale et de développement durable.

C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit l’action du Fonds « La Francophonie avec Elles » (FAE), mis en œuvre par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Depuis 2020, le Fonds a permis de financer au Bénin 32 projets, pour un montant total de 1 482 815 euros, au bénéfice de plus de 6 000 femmes et jeunes filles. Le Bénin se distingue ainsi comme le pays ayant accueilli le plus grand nombre de projets financés par le Fonds en Afrique, témoignant de la capacité de mobilisation des acteurs locaux.

Des réponses concrètes face à des inégalités structurelles

Le Fonds « La Francophonie avec Elles » au Bénin permet de renforcer les capacités économiques des femmes, soutenir leur insertion socioprofessionnelle notamment grâce à la formalisation, et favoriser leur reconnaissance sociale.

Les initiatives soutenues couvrent une diversité de secteurs porteurs : agrobusiness, transformation agroalimentaire, artisanat, agriculture biologique, métiers du numérique et de l’audiovisuel, ainsi que formation professionnelle. Dans la majorité des cas, les projets combinent plusieurs dimensions essentielles : formations qualifiantes, accompagnement à l’entrepreneuriat, structuration collective en coopératives ou groupements, dotation en équipements productifs et l’accès à des infrastructures de travail améliorées.

Des initiatives locales porteuses de changement

Dans le nord du pays, à Kandi, dans l’arrondissement de Bensékou, le projet « Plus d’amour », porté par l’organisation Agir Ensemble Pour le Développement (AED), contribue à l’intégration socio-économique de femmes déplacées issues de plusieurs nationalités. Dans un contexte marqué par les effets de l’insécurité régionale, ces femmes ont été organisées en groupements et accompagnées dans la transformation de produits agricoles tels que l’arachide et le manioc. Grâce à un site structuré et équipé de matériels modernes, elles développent aujourd’hui une activité stable, génératrice de revenus, tout en renforçant la cohésion sociale au sein de leur communauté d’accueil.

Au centre du pays, dans les communes d’Abomey et de Zogbodomey, l’organisation CeProDEV accompagne des filles-mères déscolarisées vers les métiers liés à l’agrobusiness. Formées à l’élevage de lapins et à la transformation agroalimentaire, les bénéficiaires ont suivi un parcours complet d’incubation comprenant un appui technique, des kits de démarrage et un suivi post-installation. Plusieurs d’entre elles disposent aujourd’hui de cheptels en forte croissance et envisagent déjà d’élargir leurs activités, traduisant une dynamique d’autonomisation progressive et de leadership émergent.

Chimène Toffa, déscolarisée dès l’âge de 14 ans à la suite d’une grossesse, mère de 2 enfants

« L’appui de l’OIF a été une véritable opportunité de transformation. Ma vie a changé car je suis passée d’une situation précaire à une activité productive ».

Lorsqu’elle a été contrainte d’abandonner l’école, Chimène a cru que ses ambitions s’arrêteraient là. Mais aujourd’hui, cette déscolarisation ne limite plus son développement : elle a repris confiance et s’affirme comme une jeune femme capable de bâtir son avenir.

« Mon cheptel s’est agrandi et compte aujourd’hui plusieurs lapins, après avoir déjà réalisé des ventes. Les revenus générés me permettent à la fois de développer mon élevage et d’assurer l’entretien ainsi que l’éducation de mes enfants… »

Quand l’innovation devient un levier d’autonomisation

À Abomey-Calavi, le projet Women Startup Incubator (WoSI) fait de l’innovation un levier d’autonomisation. Le programme accompagne des jeunes femmes entrepreneures issues de milieux modestes dans la conception, la structuration et la formalisation de projets à fort potentiel, en favorisant des solutions créatives adaptées aux réalités locales. En outillant ces entrepreneures pour tester, améliorer et pérenniser leurs initiatives, le WoSI contribue à faire émerger une nouvelle génération de porteuses d’innovation, dont l’une a d’ailleurs été distinguée au niveau continental.

Des impacts durables au-delà des revenus

L’impact des projets soutenus par le Fonds « La Francophonie avec Elles » ne se mesure pas uniquement en termes de revenus générés. Sur le terrain, les transformations observées touchent aussi la place des femmes dans la société : confiance en soi renforcée, leadership affirmé, solidarité accrue entre bénéficiaires, maintien des enfants à l’école et meilleure participation à la vie communautaire.

Dans plusieurs localités, les projets ont permis aux femmes de mieux subvenir aux besoins de leurs ménages, d’accéder à une reconnaissance sociale et de renforcer leur capacité à prendre des décisions. Certaines bénéficiaires deviennent à leur tour des modèles, transmettant leurs compétences à d’autres femmes vulnérables et contribuant ainsi à un effet démultiplicateur. Cette dynamique collective favorise la résilience des communautés et participe à la construction d’un développement plus inclusif.

Une dynamique renforcée par l’engagement de 11 femmes d’affaires francophones

Les résultats tangibles observés sur le terrain ont contribué à positionner le Bénin comme un espace privilégié de mobilisation autour du Fonds « La Francophonie avec Elles ». C’est dans cette dynamique que l’OIF a organisé, du 30 novembre au 5 décembre 2025, une mission d’immersion conduite par l’Administratrice de l’Organisation (photo ci-dessus), réunissant onze femmes d’affaires francophones de six pays francophones. Cette immersion avait pour objectif de permettre à ces décideuses économiques de constater concrètement l’impact des projets soutenus par le FAE, d’échanger avec les bénéficiaires et d’accroître les partenaires en faveur du Fonds.

Les projets visités à Cotonou, Abomey-Calavi, Dangbo et Abomey, illustrent la diversité des approches mises en œuvre : formation professionnelle, transformation agroalimentaire, structuration en coopératives, dotation en équipements et accompagnement à l’entrepreneuriat.

À Glo-Djigbé par exemple, 104 jeunes filles et femmes vulnérables ont été formées à la transformation agroalimentaire et à la restauration. Organisées en groupements, elles disposent aujourd’hui de revenus stables, renforcent leur autonomie financière et développent une épargne collective.

Du côté de Dangbo, non loin de Porto-Novo, un projet a accompagné 100 femmes vulnérables en 2021. Plusieurs années après, les effets perdurent : amélioration des revenus, meilleure scolarisation des enfants et forte dynamique de solidarité, certaines bénéficiaires formant à leur tour d’autres femmes vulnérables.

À Abomey, c’est une unité moderne de transformation du manioc qui a permis à 71 femmes en situation de handicap d’accéder à une activité économique digne.

Des résultats concrets malgré les défis

Cette mission a permis aux femmes d’affaires présentes, d’apprécier pleinement la capacité du Fonds FAE à transformer des trajectoires individuelles et collectives, et à construire, au côté des organisations locales un avenir plus inclusif et équitable pour les femmes et filles de l’espace francophone.

Ainsi, de l’ancrage territorial des projets à l’engagement croissant des acteurs économiques, l’expérience béninoise met en lumière une dynamique intégrée d’autonomisation, où l’impact local devient un levier de mobilisation et de transformation à plus grande échelle.

Et alors que les défis restent nombreux (accès aux marchés, formalisation des activités, sécurisation des chaînes d’approvisionnement, évolution des normes sociales), les initiatives soutenues redonnent espoir et montrent qu’une action ciblée, inclusive et coordonnée peut générer des impacts durables.

ELLE EN PARLE

Geneviève Marcon, femme d’affaires québécoise

 

c« Sur le terrain, j’ai découvert des femmes d’un courage et d’une résilience

remarquables. J’ai pu constater concrètement l’impact positif de l’OIF :

son soutien leur permet de développer leur autonomie, leur esprit

entrepreneurial et de prendre pleinement leur place. Cette expérience

m’a donné envie d’aller plus loin, de contribuer davantage et de participer

à un mouvement de solidarité pour continuer à faire rayonner ces initiatives.

Elle m’a aussi rappelé combien il reste essentiel de soutenir le leadership féminin : 

les femmes ont toutes les capacités nécessaires, il faut simplement leur donner

l’espace et la confiance pour s’affirmer ».

SÉLECTIONNÉ POUR VOUS