Le Groupe des Ambassadeurs francophones de New York, présidé par le Représentant permanent de l’Andorre, a engagé un dialogue, le 4 février 2026, avec la Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Dans un contexte de réforme des Nations Unies, sur fond de fortes contraintes budgétaires et d’affaiblissement du multilatéralisme, les échanges ont mis en évidence un enjeu central : l’ONU ne pourra préserver sa crédibilité et sa capacité d’action que si ses réformes et ses méthodes de travail restent pleinement inclusives, notamment sur le plan linguistique.
Les Nations Unies à la croisée des chemins
La Présidente de la 80e session de l’Assemblée générale, Mme Annalena Baerbock, a rappelé que l’ONU traversait une période charnière, marquée par une crise de liquidité atteignant un seuil critique, qui affecte sa capacité à assurer pleinement ses fonctions et mettre en œuvre ses mandats.
Elle a estimé que l’Initiative ONU80 était un chantier indispensable pour rationaliser certains mandats, renforcer l’efficacité de l’ONU et s’assurer que les ressources disponibles soient alignées sur les priorités des États membres. La Présidente a appelé à la constitution d’alliances entre régions, cultures et langues pour préserver et revitaliser le multilatéralisme.
Les Ambassadeurs francophones ont réaffirmé leur attachement au multilatéralisme et au rôle central des Nations Unies. Dans la même veine, le Représentant de l’OIF auprès des Nations Unies a réaffirmé l’engagement de l’OIF et ses États et gouvernements membres en faveur d’un ordre international fondé sur le droit international, la solidarité et le respect de la diversité.
Le multilinguisme, condition d’équité et de légitimité de l'ONU
Mme Baerbock a salué le rôle de la Francophonie dans la promotion du multilinguisme comme fondement d’un multilatéralisme inclusif. Elle a rappelé quelques mesures prises sous sa présidence pour le promouvoir, reconnaissant toutefois que la question centrale demeure celle de sa mise en œuvre dans un contexte de ressources limitées, où l’ONU se retrouve confrontée à un arbitrage difficile entre la tenue même des réunions et la disponibilité d’une couverture linguistique complète.
Les Ambassadeurs francophones ont réaffirmé le rôle fondamental du multilinguisme. Au-delà du principe, plusieurs délégations ont insisté sur la dimension très concrète de cet enjeu : l’accès inégal aux documents, aux services d’interprétation et aux traductions dans les délais requis crée, selon elles, des déséquilibres dans la participation et la capacité de négociation. Ces difficultés se manifestent particulièrement dans les discussions techniques, notamment budgétaires, où les textes circulent parfois tardivement et en une seule langue. Dans un environnement où le temps de négociation est contraint, cela peut limiter la pleine appropriation des dossiers par certaines délégations et réduire la qualité du dialogue intergouvernemental.
Confirmant ces constats, l’OIF a attiré l’attention sur des progrès lents, voire des reculs, en matière de multilinguisme tout en réitérant sa disponibilité à poursuivre un appui partenarial ciblé, afin de d’inverser cette tendance.
Appel à la transparence pour la sélection du Secrétaire général de l’ONU
Les échanges ont également porté sur la sélection du prochain Secrétaire général des Nations Unies. Les Ambassadeurs francophones ont plaidé pour un processus transparent, ouvert et inclusif, permettant une participation équitable de l’ensemble des États membres, notamment à travers des auditions publiques véritablement interactives et pleinement accessibles sur le plan linguistique.
La Présidente a confirmé la volonté d’organiser ces auditions avec interprétation, afin que chaque État puisse poser des questions et apprécier la vision, les priorités et les qualités de leadership des candidats.
Une mobilisation francophone renforcée
À l’issue de la rencontre, le Groupe des Ambassadeurs francophones a décidé de renforcer sa coordination afin de suivre plus étroitement les processus structurants à venir. Dans une période où les Nations Unies doivent à la fois se réformer et répondre à des crises multiples, la Francophonie reste mobilisée pour une ONU fidèle à ses valeurs fondatrices.