On dit souvent que la paix se négocie dans les chancelleries ou les enceintes internationales. En réalité, elle se construit bien plus tôt, dans les salles de classe, au fil de la scolarité des élèves : investir dans l’éducation, c’est faire le pari qu’une génération de citoyens lucides, capables de débattre, de vérifier l’information et de respecter les droits des autres, réduira durablement les risques de conflit.
Dans l’espace francophone, ce pari est au cœur de l’action menée par la Francophonie, qui accompagne les États pour rendre leurs systèmes éducatifs plus justes, plus inclusifs et plus démocratiques. Cette action s’appuie notamment sur le renforcement de la langue d’enseignement comme condition première de la réussite scolaire et de la participation citoyenne.
L’école, première ligne de prévention des conflits
L’éducation façonne la manière dont les futurs adultes perçoivent le pouvoir, la différence, la violence et le compromis. Quand un enfant apprend à résoudre un désaccord par la parole plutôt que par le coup de poing, c’est un futur conflit que l’on désamorce.
Pourtant, dans de nombreux pays francophones, les bases mêmes de cet apprentissage restent fragiles. Une part importante des enfants commence sa scolarité dans une langue qu’ils ne comprennent pas pleinement, ce qui les expose à l’échec et au décrochage. Les évaluations internationales montrent que, dans plusieurs contextes, une majorité d’élèves quitte le primaire sans maîtriser la lecture dans la langue d’enseignement.
Ces inégalités ne sont pas seulement injustes ; elles sont dangereuses. Elles nourrissent la frustration, le sentiment d’abandon, la vulnérabilité aux discours de haine et aux manipulations. À l’inverse, une école qui accueille, protège et fait réussir le plus grand nombre crée un socle de confiance sans lequel aucune paix durable n’est possible.
Investir dans l’éducation, former des citoyens lucides
Dire que l’éducation garantit la paix à long terme, ce n’est pas prétendre qu’un diplôme suffit à éteindre tous les conflits. C’est reconnaître que des citoyens instruits, capables de lire une constitution, de comprendre une loi de finances ou de décrypter une rumeur en ligne, sont beaucoup moins perméables aux discours simplistes qui peuvent déboucher sur la violence.
Investir dans l’éducation, c’est donc donner à chacun les compétences de base qui permettent de participer réellement à la vie publique, développer l’esprit critique face à la désinformation et favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes afin que la moitié de la population ne soit plus tenue à l’écart des décisions et des savoirs.
Dans cette perspective, la Francophonie agit concrètement pour renforcer la qualité de l’enseignement du et en français. En 2024, les Centres régionaux de l’OIF pour l'enseignement du français (CREF) ont permis de former et d’outiller plus de 145 000 bénéficiaires directs, avec un impact indirect sur plusieurs centaines de milliers d’élèves. Ces formations contribuent à des pratiques pédagogiques plus actives, favorisant la compréhension, l’expression et le débat.
Le pari francophone : des environnements d’apprentissage sûrs et inclusifs
La Francophonie ne se contente pas de promouvoir l’usage du français. Elle accompagne les pays membres pour créer des environnements d’apprentissage sûrs et inclusifs, c’est-à-dire des écoles où les droits sont respectés, les discriminations combattues et la participation encouragée.
Cette approche passe par la formation continue des enseignantes et enseignants, par la mise à disposition de ressources pédagogiques accessibles et par le développement d’outils numériques. Les plateformes dédiées à l’enseignement du et en français offrent aujourd’hui des centaines de ressources pédagogiques et de modules de formation, utilisés dans de nombreux pays de l’espace francophone.
À ces dispositifs s’ajoute le Programme de mobilité des enseignantes et enseignants de français, qui permet de renforcer l’offre éducative dans plusieurs pays tout en favorisant les échanges linguistiques et culturels, et qui, depuis 2020, a déployé plus de 130 enseignants dans quatre pays (Rwanda, Ghana, Seychelles et Cambodge). Ces enseignants, représentatifs de la diversité francophone, contribuent à diffuser des pratiques pédagogiques favorisant la coopération, le dialogue et le respect.
Quand les élèves expérimentent la démocratie
L’éducation à la paix devient réellement efficace lorsque les élèves ne se contentent pas d’en parler, mais la vivent au quotidien. Dans plusieurs pays francophones, des dispositifs encouragent la médiation par les pairs, les clubs de débat ou les projets collectifs.
Lorsqu’un conflit entre élèves se règle par la discussion plutôt que par la violence, lorsque des rumeurs sont analysées et vérifiées en classe, lorsque des projets scolaires sont menés collectivement, les jeunes intériorisent l’idée que la règle commune et le dialogue valent mieux que la force. Ces expériences, répétées à grande échelle, finissent par façonner une culture civique plus solide.
Parier sur l’éducation pour bâtir la paix
Parier sur l’éducation, c’est accepter un horizon de temps long, bien au-delà d’un mandat politique. C’est croire que chaque salle de classe où l’on apprend à lire, à douter, à respecter et à coopérer, est une brique supplémentaire dans l’architecture fragile mais essentielle de la paix.
En renforçant la maîtrise de la langue d’enseignement, en professionnalisant les acteurs éducatifs et en soutenant des environnements d’apprentissage inclusifs, la Francophonie contribue à préparer des générations capables de préférer le dialogue à la violence et la participation citoyenne à l’exclusion. Dans un monde incertain, l’éducation reste le pari le plus sûr sur la paix.