L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, le 4 septembre 2026, par consensus, sa nouvelle résolution biennale sur le multilinguisme. Cofacilité par Andorre et la République dominicaine, le texte A/80/L.114 est l’aboutissement de plusieurs semaines de consultations entre États membres, dans un contexte dominé par la réforme ONU80, la crise de liquidités et la montée en puissance des technologies d’intelligence artificielle dans les opérations du Secrétariat de l’ONU.

Un texte profondément rationalisé

L’une des principales caractéristiques de la résolution adoptée en 2026 est sa forte réduction. « Nous sommes passés de 92 paragraphes il y a deux ans à 41 aujourd’hui. Autrement dit, nous avons réduit le texte de plus de 55 %. » a souligné le représentant permanent d’Andorre, l’Ambassadeur Joan Forner Rovira, lors de la présentation du texte avant son adoption.

Cette rationalisation s’inscrit dans les efforts engagés plus largement à l’Assemblée générale pour réduire la longueur et la répétition des résolutions. La démarche vise à concentrer la résolution sur les exigences traditionnelles en matière d’égalité des six langues officielles, de qualité des services linguistiques et de communication multilingue, tout en l’inscrivant davantage dans la conjoncture financière actuelle, la modernisation de l’ONU et la reforme ONU80.

Le multilinguisme face à la crise de liquidités et à l’intelligence artificielle

La maîtrise des incidences financières a également été au cœur des négociations. Dans un contexte budgétaire particulièrement contraint, les cofacilitateurs ont cherché à éviter que le texte n’entraîne de nouvelles charges pour l’ONU.

« Nous avons reçu confirmation écrite du Secrétariat qu’il n’y avait aucune incidence budgétaire sur le programme », a indiqué Andorre.

Pour autant, le multilinguisme continue de pâtir de la conjoncture financière de l’ONU. Dans la résolution, l’Assemblée générale se dit profondément préoccupée des mesures d’économie ou de rationalisation qui touchent l’interprétation, la traduction, la documentation, la couverture des réunions ou la production de contenus multilingues.

Parallèlement, les technologies émergentes ouvrent de nouvelles possibilités. La résolution encourage ainsi le Secrétaire général à recourir, lorsque cela est approprié, aux technologies émergentes, notamment à la traduction automatique et aux outils de rédaction assistés par l’intelligence artificielle, tout en les plaçant sous supervision humaine et en exigeant un contrôle de qualité approprié.

Une mobilisation francophone durant tout le cycle de négociation

Les États et gouvernements francophones se sont concertés tout au long du processus afin d’identifier les dispositions prioritaires et de suivre les différentes évolutions du texte. Avec l’appui de la Représentation de l’OIF auprès des Nations Unies à New York, trois concertations francophones ont notamment été organisées, en marge des négociations informelles. Elles ont permis aux délégations d’alimenter l’avant-projet de texte, d’échanger sur les différentes versions de la résolution, de rapprocher leurs positions et d’exercer une vigilance particulière sur les dispositions susceptibles d’affecter l’équilibre entre les langues officielles et remettre en cause les récents acquis institutionnels en matière de multilinguisme.

La séance d’adoption a également illustré l’ampleur du soutien politique au texte.

« Faites de cette résolution la vôtre, car le multilinguisme nous concerne tous », a souligné Andorre a l’ouverture de la séance. La résolution a recueilli 103 coparrainages des Etats.  

Pour la Francophonie, cet exercice revêt une portée particulière, tant le multilinguisme touche directement au statut de la langue française à l’ONU, à la capacité des pays francophones à participer pleinement et sur un pied d’égalité aux travaux de l’ONU, à la qualité du dialogue diplomatique et à la diversité culturelle sur laquelle repose le multilatéralisme.

(Crédit photo : UN Photo/Loey Felipe)

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