Dossier thématique : « Construire la paix par le développement durable » | Juin 2026

 

Dans plusieurs territoires du Bassin du Congo, les défis environnementaux ne se résument pas à la préservation d’un patrimoine forestier mondial. Ils prennent une forme beaucoup plus concrète : maintenir une activité agricole malgré des saisons devenues imprévisibles, répondre aux enjeux de sécurité alimentaire, générer des revenus pour les jeunes... 

Souvent présenté comme le deuxième massif forestier tropical de la planète, le Bassin du Congo est avant tout un espace de vie. Derrière ses paysages forestiers vivent des millions de personnes dont les réalités sont façonnées par des enjeux économiques, sociaux et environnementaux étroitement liés. Dans de nombreuses localités rurales comme urbaines, les populations doivent composer avec une pression croissante sur les ressources naturelles, une vulnérabilité accrue face aux dérèglements climatiques, des difficultés d’accès à l’emploi et des défis persistants de sécurité alimentaire. Face à ces fragilités, les réponses les plus durables émergent souvent des territoires eux-mêmes. 

C’est précisément dans cette logique qu’intervient le Projet de soutien aux initiatives environnementales dans le Bassin du Congo (Projet 19) de l’Organisation internationale de la Francophonie, piloté par sa Représentation régionale pour l’Afrique centrale (REPAC), en collaboration avec l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) et l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), deux organes subsidiaires de l’OIF. Son ambition dépasse largement la seule protection des écosystèmes, il s’agit d’accompagner les communautés vers des solutions qui renforcent à la fois leur autonomie, leur résilience et leurs perspectives économiques, avec comme public cible principal, les jeunes francophones. 

Agriculture durable, innovations environnementales, gestion des ressources naturelles, sécurité alimentaire, entrepreneuriat vert, initiatives liées à la gestion des déchets ou encore à la préservation de la biodiversité, les actions engagées par l’OIF en la matière veulent répondre à des besoins exprimés localement et reposent sur une approche fondée sur l’innovation et les savoirs locaux. 

En 2025, cette dynamique a pris une ampleur particulière avec le déploiement de plusieurs initiatives structurantes dans les six pays du Bassin du Congo : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et République démocratique du Congo. Deux incubateurs en République centrafricaine et en Guinée équatoriale ont été mobilisés pour accompagner 70 jeunes innovateurs, dont 30 % de femmes, dans le développement de prototypes environnementaux. Quatre structures nationales ont également appuyé 40 jeunes porteurs de solutions climatiques sélectionnés parmi plus de 515 candidatures reçues. En parallèle, six structures partenaires ont accompagné 120 jeunes entrepreneures agricoles dans la mise en œuvre de projets agricoles grâce à un appui technique et financier. 

 

Des territoires transformés 

Les résultats observés traduisent progressivement une transformation concrète des territoires. Au total, 55 solutions et innovations climatiques développées par les jeunes ont été mises en œuvre pour renforcer la résilience des communautés face aux changements climatiques. Trois laboratoires vivants d’éco-innovation ont également été créés notamment au Gabon et en RCA et impliquent déjà près de 1 000 agriculteurs dans une dynamique de recherche-action collaborative autour de solutions adaptées aux réalités locales.  

Le projet a également développé cinq fermes pédagogiques innovantes intégrées à des programmes de cantines scolaires au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale, en RCA et en RDC. Ces espaces d’apprentissage ont permis de sensibiliser près de 6 000 élèves aux pratiques agricoles durables, à la protection de l’environnement et aux enjeux de sécurité alimentaire.  

Au-delà de la sensibilisation, ces fermes transforment la manière dont les jeunes apprennent. Comme l’explique Mindjan Mvondo Ryan Sofren, élève et président d’un club agroécologique au Cameroun : « Le projet de jardin pédagogique associé à la cantine scolaire nous a permis d’apprendre autrement l’agriculture. Nous découvrons ainsi le savoir, mais surtout le savoir-faire, à travers une agriculture respectueuse de l’environnement. » 

Cette expérience illustre une réalité essentielle, les initiatives environnementales produisent davantage que des effets écologiques ; elles développent des compétences, créent de nouvelles aspirations et renforcent l’autonomie des jeunes. 

L’investissement dans les compétences constitue d’ailleurs un axe majeur du P19. Une formation en ligne (MOOC/CLOM) consacrée à l’agriculture durable et aux opportunités d’emploi a permis de former plus de 6 463 jeunes, dont plus de 1 500 issus directement des pays du Bassin du Congo. Des ateliers régionaux ont également permis d’introduire des approches émergentes autour de l’agriculture intelligente, de précision et des nouvelles technologies appliquées au secteur agricole. 

Les effets observés dépassent aujourd’hui la seule dimension environnementale. Entre 100 et 150 emplois directs ont déjà été créés grâce aux initiatives développées autour de l’agriculture durable. Les innovations soutenues ont contribué à structurer progressivement un écosystème d’innovation verte plus dynamique, porté par les jeunes eux-mêmes. 

Au total, ce sont 1 346 294 euros qui ont été investis par l’OIF en 2025 afin d’accompagner des initiatives locales contribuant à la résilience des communautés, à l’innovation environnementales, à l’entrepreneuriat vert et à une gestion durable des ressources dans les pays du Bassin du Congo. À travers ces initiatives, cette région apparaît non seulement comme un espace à préserver, mais aussi comme un territoire d’innovation, d’opportunités et d’espoir. Car un territoire plus résilient est aussi un territoire plus stable.  

Lorsque les communautés disposent d’outils pour produire durablement, créer des revenus, renforcer leurs compétences et gérer leurs ressources, elles deviennent mieux armées pour faire face aux crises futures. Préserver le Bassin du Congo, c’est donc investir dans celles et ceux qui y vivent, et c’est aussi construire les conditions d’une paix durable au sein de la Francophonie. 

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