À l’occasion de 10e édition de la Journée internationale de la vérification des faits, le 2 avril 2026, l’OIF met en lumière l’engagement, l’innovation et les communautés de vérificateurs de faits francophones qui, chaque jour, œuvrent à prévenir et à combattre les menaces à l’intégrité de l’information.
Depuis sa proclamation en 2016, le 2 avril célèbre la Journée internationale de la vérification des faits et rappelle l’importance cruciale d’une information fiable, accessible et sûre, indispensable pour la résilience de nos démocraties. Popularisée dans le contexte de l’infodémie qui a accompagné la pandémie de COVID-19, ainsi que par le flot de manipulations d’informations générées par la recrudescence des crises et conflits, cette journée s’inscrit dans l’élan d’une prise de conscience globale au sujet des désordres de l’information en évolution constante, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle générative.
Les désordres informationnels : amplificateurs des crises
Dans un monde où l’espace informationnel est saturé de contenus contradictoires et de récits concurrents qui augmentent la polarisation politique et sociale, la vérification des faits s’impose comme un levier essentiel pour (re)définir la frontière entre le vrai et le faux. Le mensonge, les informations trompeuses et les discours de haine constituent autant de désordres de l’information qui érodent la confiance et fragilisent la résilience démocratique.
Le regain de tensions géopolitiques actuelles s’accompagne lui aussi de menaces informationnelles, notamment des campagnes orchestrées de manipulation d’information et d’ingérence auxquelles les professionnels de la vérification des faits tâchent de répondre. Souvent intégrées à des stratégies hybrides plus larges, ces opérations visent à promouvoir des récits stratégiques au service d’intérêts particuliers, parfois en contradiction directe avec les efforts de paix ainsi qu’avec le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques.
Ces narratifs trompeurs ne se limitent pas aux périodes de crises et de conflits : ils peuvent les préfigurer et, parfois, les prolonger, notamment à travers la construction de narratifs concurrents dans les phases post-conflits. En saturant les espaces médiatiques de récits biaisés, certains acteurs cherchent à imposer une version des faits comme une vérité incontestable, ce qui peut influencer durablement les perceptions collectives et la possibilité de reconstruction à travers la paix.
L’espace francophone n’échappe pas à ces dynamiques qui mettent à rude épreuve la cohésion sociale et menacent l’intégrité des processus démocratiques, notamment en période d’élections, comme l’OIF a pu l’observer à l’occasion de ses différentes missions électorales en 2025 et 2026.
La Vérification des faits, pilier de la résilience démocratique francophone
Face à ces dynamiques et à la nécessité de garantir l’accès des populations à une information fiable, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a renforcé son action en accompagnant des projets portés par des acteurs engagés sur le terrain.
Dans le cadre de son projet « Prévention et lutte contre les désordres de l’information », au sein de la Direction des affaires politiques et de la gouvernance démocratique, l’OIF œuvre depuis 2021 à l’accompagnement d’initiatives de vérification des faits aux quatre coins de l’espace francophone. Celui-ci s’articule notamment autour de la plateforme francophone ODIL, qui recense les initiatives de vérification des faits opérant dans l’espace francophone, ainsi que de l’appel à projets des Jumelages francophones de lutte contre les désordres de l’information. En cinq éditions, ces jumelages ont soutenu la mise en commun d’innovations pour permettre à 48 initiatives de s’associer pour le développement d’une trentaine de projets collaboratifs, contribuant directement à la résilience informationnelle et démocratique de 25 Etats membres, associés ou observateurs de la Francophonie*.
Parmi les projets remarquables soutenus par l’OIF on peut aussi citer : le lancement d’ « Akili », l’application de vérification des faits panafricaine alimentée par l’intelligence artificielle ; la structuration d’un réseau de journalistes communautaires dédié à la lutte contre la désinformation en Afrique centrale ; le lancement de l’outil « Marqueur » alliant vérification des faits et droit international humanitaire dans le contexte de la recrudescence des crises et conflits au Moyen-Orient ; le soutien au renforcement de la coopération transnationale via le projet « Guerre et mensonges » démontrant le coût humain de la désinformation dans les contexte de conflits ou post conflit d’Europe centrale et orientale ; l’appui au projet CLAP développé au Cambodge qui se déploie dans les communautés rurales afin de diffuser des compétences essentielles en éducation aux médias et à l’information, notamment sur l’intelligence artificielle, etc.
Autant d’initiatives qui illustrent cette volonté de promouvoir des pratiques informationnelles plus responsables et de renforcer la résilience des Etats et des sociétés francophones face aux menaces.
Vérifier, éduquer et réguler : une réponse multiforme à une crise évolutive
Avec l’essor de l’intelligence artificielle, les manœuvres de manipulation de l’information se sont généralisées. Les contenus sont devenus plus réalistes, plus aisés à produire, à traduire, plus faciles à diffuser largement et simultanément à travers de nombreux canaux visant des contextes médiatiques, culturels et linguistiques différents. C’est pourquoi, si la vérification des faits demeure nécessaire, elle n’est pas suffisante, compte tenu de l’évolution constante de la menace posée par les désordres de l’information et l’étendue des conditions structurelles grâce auxquelles ceux-ci prospèrent et s’amplifient. La prévention et la lutte contre ces désordres doit mobiliser l’ensemble des leviers et des acteurs à même d’en dévoiler les rouages et d’en contenir les effets.
En cela, l’adoption de l’Appel de Villers-Cotterêts par les Chefs d’Etats et gouvernements membres de l’OIF réunis à l’occasion du XIXe Sommet de la Francophonie (octobre 2024), a marqué une étape décisive puisqu’elle a réaffirmé la nécessité de développer une réponse multiforme, alliant la vérification des faits, la recherche et l’éducation aux médias et à l’information (EMI), ainsi que la régulation des plateformes numériques, afin d’œuvrer à la construction d’un espace numérique inclusif, respectueux de la démocratie et des droits de l’Homme, tout en préservant la diversité culturelle et linguistique.
Forte d’un mandat renforcé en la matière – et constatant l’irruption de désordres informationnels sans cesse plus innovants favorisée par l’intelligence artificielle générative – l’OIF a posé plusieurs actes attestant d’une approche multi acteurs dont la finalité est de préserver l’intégrité de l’information et celle des processus démocratiques, en général. A cet effet, l’OIF a accompagné le suivi du Protocole d’Abidjan créant les conditions d’un dialogue régulier entre quatre plateformes majeures (X, Meta, Tik Tok, Google) et les réseaux de régulateurs africains et francophones, dont un premier Forum de dialogue s’est tenu à Dakar les 1er et 2 décembre 2025. L’OIF a aussi organisé une 2e réflexion transversale sur l’intégrité de l’information et des processus démocratiques à l’ère du numérique et de l’IA, mobilisant 16 réseaux institutionnels de la francophonie, notamment actifs dans les domaines de la régulation des médias, de la protection des données personnelles et de la promotion des droits et libertés fondamentales, afin de favoriser une mobilisation commune et coordonnée des institutions face aux menaces informationnelles. Sur le volet éducatif, dans la continuité du lancement en 2025 de micromodules d’apprentissage (MMA) consacrés à l’éducation aux médias et à l’information, l’OIF a apporté son soutien en 2026 au Réseau francophone de l’éducation aux médias et à l’information (REFEMI), en vue de l’essaimage des pratiques et supports de formations à l’EMI et d’ainsi aider les citoyens à mieux comprendre, analyser et questionner les contenus auxquels ils sont quotidiennement exposés.
Ces actions soutenues par l’OIF et, surtout, la volonté des acteurs qui les portent sur le terrain, notamment les vérificateurs des faits, montrent que les désordres de l’information ne sont pas une fatalité. Cette journée internationale de la vérification des faits est l’occasion de rappeler qu’à travers la mobilisation commune, la solidarité et le partage des expériences, creuset du projet francophone qui s’illustre ici en matière d’intégrité de l’information, la résilience des Etats et des sociétés francophones est possible et se construit, à travers des populations renforcées dans leur esprit critique et leur accès à une information fiable.
* Arménie, Belgique, Bénin, Burkina-Faso, Burundi, Bosnie-Herzégovine, Canada, Cambodge, Cameroun, Côte d’Ivoire, France, Géorgie, Guinée, Haïti, Laos, Liban, Mali, Moldavie, Monténégro, Niger, RCA, RDC, Roumanie, Sénégal, Tchad, Togo, Tunisie, Ukraine